Une crise tragique possiblement salvatrice 1

Le commerce d’animaux en cause 2

L’horreur sur fond de crise écologique 3

Le végétal pour tous nous nourrir 4

A l’heure du confinement généralisé, le salut alimentaire 5

(R)éveillons-nous ! 6

 

À l’instar des animaux d’élevage, nous venons de perdre notre liberté de circuler librement : nous sommes confinés (ou semi-confinés, suivant les pays). La différence, c’est que nous le sommes pour notre bien, notre santé. Souhaitons-nous allouer davantage de ressources à la gestion de crises épidémiques ou préférerons-nous réorienter notre alimentation pour maximiser nos chances d’évitement ? En cette période inédite dans toute l’histoire de l’humanité, où plus de la moitié de la population mondiale a vu ses libertés de mouvement réduites drastiquement, cet appel est une invitation à coopérer. Prenons ensemble les dispositions nécessaires à l’avènement de nouveaux mondes, que notre inventivité puisse s’exprimer durablement !

 

Une crise tragique possiblement salvatrice

Existe-t-il un traitement permettant de nous guérir ? Un médicament ou un remède miracle pourrait-il nous soigner durablement ? Nous évitera-t-il seulement la rechute déjà annoncée [1]? Bonne nouvelle ! La réponse est oui et elle est à portée de main. Nous la connaissons, elle est sans risque, et porte en elle les germes de l’évolution humaine au sens le plus noble qu’il soit. Mais comme pour les vaccins il faut que chacun de nous puisse y recourir afin de protéger l’ensemble de la population, c’est un jeu collectif et l’actualité se charge de nous le rappeler.

Alors qu’une majorité de Chinois semble hostile à la consommation d’animaux sauvage [2], une minorité a provoqué une pandémie mondiale. Désigner clairement ce qui nous a amenés une nouvelle fois à une situation de crise sanitaire nous permettra de nous détourner vraiment de nos modes de consommation dangereux pour l’humanité [3].

Bien que les maladies infectieuses zoonotiques soient une préoccupation importante [4] depuis plus de 10’000 ans (origine de l’élevage), cette pandémie nous prend de court, comme si nous n’y étions pas préparés [5]. Alors qu’un consortium de climatologues et de statisticiens ont calculé la probabilité que le réchauffement climatique soit d’origine humaine à 99,9995% [6], il semblerait que nous soyons dans le même cas de figure, en attente des bouleversements qui s’annoncent sans précédent. En cause ? Principalement l’élevage, dont nous pouvons aujourd’hui aisément nous passer. Chacun à notre niveau, nous pouvons agir. Quel sens aurait l’injonction à certains pays de modifier leurs habitudes alimentaires sans y prendre part nous aussi ? En plus de minimiser les risques de zoonoses, planifier une sortie de l’élevage nous offrirait l’opportunité de réduire de 28% les émissions de Gaz à Effet de Serre [7], soit plus d’un quart du problème climatique.

 

Le commerce d’animaux en cause

75% des maladies infectieuses émergentes ont une origine animale [8]. Par exemple, la grippe espagnole, d’origine aviaire [9], a à elle seule tué plus d’humains que la tristement plus célèbre première guerre mondiale. Cinq siècles plus tôt, la variole et la grippe (issues des animaux domestiques) avaient décimé 90% de la population amérindienne.

Actuellement, 60% des maladies infectieuses connues sont responsables de 15,8% de tous les décès et 43,7% des décès dans les pays à faibles ressources [10], soit 2,5 milliards de malades et 2,7 millions de décès chaque année dans le monde. Cette menace crédible pour l’humanité en fait un des objets de recherche le plus important [11] aujourd’hui.

La multiplication récente des épidémies nous rappelle que nous sommes dans une spirale infernale. Les scientifiques du projet Global Virome nous apprennent que la faune sauvage abrite actuellement 1,7 millions de virus encore inconnus, dont 50% pourraient être dangereux pour les humains. Comprendre les mécanismes à l’oeuvre [12] est primordial, mais il semble illusoire de croire qu’un contrôle des apparitions de maladies transmissibles aux humains soit possible.

D’autres recherches scientifiques révèlent le rôle central du commerce d’animaux à travers la capture, le transport et l’abattage [13] dans la transmission des éléments pathogènes. Si la réserve de maladies infectieuses est significative, ce sont bien les activités de chasse, d’élevage et de commerce des animaux destinés à être mangés qui catalysent la transmission aux humains. C’est pour cette raison que le représentant de l’OMS en Chine, Dr Gauden Galea, affirme que « “tant qu’on mangera de la viande, il y aura un risque d’infection ». À ce titre, le gouvernement chinois a interdit tout transport ou commerce d’animaux sauvages [14] le 26 février dernier, dans l’espoir de limiter ce risque. En conséquence, la diminution du nombre d’animaux qu’entraînera l’arrêt de leur reproduction artificielle semble être l’action au plus fort potentiel réducteur du risque épidémique.

 

L’horreur sur fond de crise écologique

L’ensemble des animaux tués par les humains est indénombrable. On tue chaque année 150 fois plus d’animaux [15] d’élevage terrestres qu’il y eu de morts durant toutes les guerres de l’humanité. Nos modes de vies impliquent donc qu’en deux jours et demi, nous comptons plus d’animaux terrestres morts de l’élevage que les guerres n’ont fait de victimes. Pour les poissons, les chiffres s’envolent de 1000 à 3000 milliards [16], tandis qu’on tuerait 255 à 605 milliards de crustacés élevés [17] chaque année. Il n’existe pas d’estimation pour les céphalopodes et les gastéropodes, mais une chose est sûre, le pire bilan a lieu en mer [18].

Rappelons ici que chacun, individuellement, profite d’expériences subjectives, comme ressentir des émotions. Tous les êtres sentients ont des intérêts et des préférences, contrairement aux plantes par exemple, régies par leur milieu [19]. Non sentientes, elles n’ont pas développé cette capacité à souffrir, inutile à leur évolution.

Les chiffres astronomiques cités plus haut rendent compte de l’indépassable extermination de masse qu’il convient d’appeler zoocide [20] et qui a la particularité d’être perpétuel. Bien que vertigineux, ils reflètent autant de réalités qu’il y a d’individus. Or,  chacun mérite d’être considéré pour ce qu’il est et non pour ce qu’il serait, une fois transformé en aliment.

Par ailleurs, depuis que le lien [21] entre la maltraitance animale et la violence humaine a été établi, il est d’autant plus judicieux de se prémunir autant que possible contre toute violence, aussi insidieuse soit-elle. Pour que, dans ce monde d’après, la cruauté ordinaire devienne extraordinaire, par précaution pour les plus démunis.

D’un point de vu écologique, les animaux dépendent des végétaux et non l’inverse. La loi fondamentale du transfert de l’énergie du maillon inférieur au maillon supérieur s’appelle loi des 10%, car 90% d’énergie est perdue par maillon. Les êtres vivants sont des systèmes dissipatifs ouverts et aucun subterfuge ne permettra de réduire ce gouffre énergétique autrement qu’à la marge (méthanisation, par exemple). Cette loi se vérifie à l’échelle mondiale [22] d’après les données de la FAO. Un tel gaspillage de ressources aujourd’hui n’est plus tenable. Il nous faut réorienter nos denrées agricoles pour nous nourrir directement plutôt que le bétail qui sera transformé en viande. D’ailleurs, fort heureusement, il n’existe pas d’élément magique que les animaux d’élevage nous apporteraient dont on ne saurait se passer. Pour le climat [23] comme pour la biodiversité [24], la priorité absolue est donc de réduire la part des produits animaux dans l’alimentation.

 

Le végétal pour tous nous nourrir

Trop de personnes [25] croient encore qu’une alimentation végane est susceptible de provoquer des carences. La science nous a prouvé le contraire et en ces temps de lutte contre le coronavirus, il apparaît salutaire de s’en remettre à elle. En réalité, aucun animal [26] n’est en mesure de synthétiser la vitamine B12. Depuis sa découverte en 1948, les humains peuvent court-circuiter l’intégralité de la partie animale de la chaîne alimentaire grâce à la source originelle de ce nutriment : les bactéries [27].

Nous le savons plus officiellement depuis qu’il est a été démontré par les nutritionnistes qu’un régime végane bien mené [28] convient à toutes les étapes du cycle de la vie, y compris la grossesse, l’allaitement, la petite enfance, l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte, tout comme pour les athlètes. De plus en plus d’études scientifiques prouvent même qu’il serait meilleur que notre régime occidental (1 [29], 2 [30], 3 [31]). Les méta-analyses de l’OMS montrent également une diminution de la mortalité précoce de 7 à 18% en migrant vers une alimentation végétarienne ou végane équilibrée.

A l’heure du confinement généralisé, le salut alimentaire

« Je suis éleveur, je meurs [32]». Bien que nous ne cautionnions aucunement l’exploitation animale, nous pensons aux éleveurs délaissés par ce système pourtant si prompt à s’en réclamer. Ne nous y trompons pas, c’est du fait des gouvernements successifs que ces situations existent. Gouverner, c’est prévoir et assumer les responsabilités.

En France, les éleveurs bovins laitiers représentent la catégorie socioprofessionnelle au plus haut taux de suicide [33]. Quel genre de gouvernement, a priori solidaire, laisse pourrir à ce point des situations personnelles que certains en viennent à commettre l’irréparable ? L’arsenal répressif déployé au sein de la cellule Demeter n’y changera strictement rien, alors même que ces moyens engagés permettraient d’offrir des reconversions prometteuses à ces professionnels qui, comme toute personne, ne méritent pas l’abandon. Cette période créative est l’occasion d’envisager des portes de secours. Inciter les éleveurs à devenir transformateurs locaux de produits végétaux à forte valeur ajoutée, par exemple, permettrait de conjurer le sort. Grâce aux savoir-faire traditionnels [34] préservés, une nouvelle culture culinaire déjà riche et éclatante pourra alors émerger.

 

(R)éveillons-nous !

Soyons dès aujourd’hui des moteurs du changement. Pour que l’éthique animale ne soit plus la bête noire de notre philosophie mais la clef de notre humanité. Pour que l’alimentation, principale cause du changement climatique et de perte de la biodiversité, en devienne son rempart.

Nous, véganes responsables, sommes prêts à co-construire le monde de demain, basé sur la considération de chacun.

Nous, véganes attentifs, sommes engagés pour plus de justice sociale, y compris pour les éleveurs.

Nous, véganes conséquents, sommes déterminés à sortir durablement le monde de cette situation de crise sanitaire sans précédent.

 

> Pétition d’engagement symbolique pour globaliser le sursaut personnel, condition sine qua non à l’éclosion de nouveaux mondes

 

 

[1] Williams, F., & Veaudor, D. (2013). La pandémie qui vient. Books, (10), 42-45.

[2] Zhang, L., & Yin, F. (2014). Wildlife consumption and conservation awareness in China: a long way to go. Biodiversity and Conservation, 23(9), 2371-2381.

[3] Yassif, J. (2017). Reducing global catastrophic biological risks. Health security, 15(4), 329-330.

[4] Gebreyes, W. A., & al. (2014). The global one health paradigm: challenges and opportunities for tackling infectious diseases at the human, animal, and environment interface in low-resource settings. PLoS neglected tropical diseases, 8(11).

[5] Urvoy, M. (2020, avril 6). Comme si c’était la première pandémie. Ouest France.

[6] Leyes, J. (2018, juillet 30). Les activités humaines dérèglent le climat et c’est sûr à 99,9995%. Sciences et Avenir.

[7] American Association for the Advancement of Science. (2019). Erratum for the Research Article “Reducing food’s environmental impacts through producers and consumers” by J. Poore and T. Nemecek. Science, 363(6429), eaaw9908.

[8] Kurpiers, L. A. & al. (2016). Bushmeat and emerging infectious diseases: lessons from Africa. In Problematic Wildlife (pp. 507-551). Springer, Cham.

[9] Hoag, H. Study revives bird origin for 1918 flu pandemic. Nature News.

[10] Salyer, S. J. & al. (2017). Prioritizing zoonoses for global health capacity building—themes from One Health zoonotic disease workshops in 7 countries, 2014–2016. Emerging infectious diseases, 23(Suppl 1), S55.

[11] World Health Organization. (2009). Pandemic influenza preparedness and response: a WHO guidance document. Geneva: World Health Organization.

[12] Sicard, D. (2020, mars 27). Il est urgent d’enquêter sur l’origine animale de l’épidémie de Covid-19. France Culture.

[13] AFP, S. A. (2020, janvier 26). Le commerce des animaux sauvages, terreau fertile des épidémies. Sciences et Avenir.

[14] Daly, N. (2020, janvier 30). Coronavirus : la Chine interdit définitivement la consommation d’animaux sauvages.

[15] Côté-Boudreau, F. (2015, juillet 13). Chaque année, on tue plus d’animaux qu’il y a eu de morts durant toutes les guerres de l’humanité.

[16] Mood, A., & Brooke, P. (2010). Estimating the number of fish caught in global fishing each year. Fishcount.

[17] Numbers of farmed decapod crustaceans. Fishcount.

[18] Mood, A. (2010). Worse things happen at sea: the welfare of wild-caught fish.

[19] Lories, D. (2013). Hans Jonas, Les fondements biologiques de l’individualité.

[20] Concept du « zoocide ». Wikipédia.

[21] Linzey, A. (2009). The link between animal abuse and human violence.

[22] Mottet, A. & al. (2017). Livestock: On our plates or eating at our table? A new analysis of the feed/food debate. Global Food Security, 14, 1-8.

[23] Guéguen, J. (2019, octobre 31). L’énigme des experts climatiques face à l’urgence. APALA

[24] Hir, P. L. (2019, mai 6). Biodiversité : « La priorité est de réduire la part des produits animaux dans l’alimentation ». Le monde.

[25] « L’alimentation végane est saine et viable, à tous les âges de la vie », défendent des professionnels de santé. (2017, octobre 25). France Soir.

[26] Martens, J. H. & al. (2002). Microbial production of vitamin B 12. Applied microbiology and biotechnology, 58(3), 275-285.

[27] Fédération végane. D’où vient la B12 ? Vive la B12.

[28] Melina, V. & al. (2016). Position of the academy of nutrition and dietetics: vegetarian diets. Journal of the Academy of Nutrition and Dietetics, 116(12), 1970-1980.

[29] Song, M. & al. (2016). Association of animal and plant protein intake with all-cause and cause-specific mortality. JAMA internal medicine, 176(10), 1453-1463.

[30] Orlich, M. J. & al. (2013). Vegetarian dietary patterns and mortality in Adventist Health Study 2. JAMA internal medicine, 173(13), 1230-1238.

[31] Allen, N. E. & al. (2002). The associations of diet with serum insulin-like growth factor I and its main binding proteins in 292 women meat-eaters, vegetarians, and vegans. Cancer Epidemiology and Prevention Biomarkers, 11(11), 1441-1448.

[32] AFP, L’Obs (2016, février 29). « Je suis éleveur, je meurs »: les agriculteurs crient leur détresse au Salon. L’OBS

[33] Monrozier, A. J. (2018, février 5). Le suicide des agriculteurs en chiffres. France Bleu Vaucluse

[34] Fondue végane, fondue du futur ? – Vidéo. (2020, avril 9). RTS Radio Télévision Suisse.