Polémique artificielle contre des produits végétariens et véganes plus sains

Temps de lecture estimé : 5 min

Les produits transformés peuvent être meilleur pour la santé

Les produits animaux sont plus à risques que les produits végétaux

Les produits végétaux contiennent les fibres qu’on manque

On mange trop de protéines

L’enjeu majeur d’une alimentation saine

 

Alors que nous venions de publier un rapport scientifique à propos des produits transformés végétaux, nous avons assisté à un soulèvement médiatique quasiment monocorde contre ces aliments[1][2][3][4][5][6][7][8][9][10][11][12][13][14][15][16][17][18][19][20][21][22][23][24][25]. Convaincus des avantages sanitaires, écologiques et éthiques qu’ils représentent lorsqu’ils sont consommés à la place des produits animaux, nous proposons d’aller au-delà des préjugés pour les prioriser.

 

Les produits transformés peuvent être meilleur pour la santé


Les consommateurs n’ont pas une vision précise des classifications alimentaires, notamment sur la distinction entre produits transformés et ultra-transformés. Les premiers composent notre alimentation quotidienne au moins depuis 500 000 ans. Depuis, la cuisson des aliments reste la transformation la plus banale pour faciliter leur digestion. Beaucoup de produits répandus comme le pain et les yaourts sont des aliments transformés d’après les classifications de référence Nova et Siga. Éviter à l’excès les aliments transformés peut d’ailleurs se retourner contre nous car, de manière générale, les régimes restreints aux produits bruts et aux aliments non transformés sont moins diversifiés et moins sûrs. Bien qu’il soit admis qu’une plus grande consommation de produits ultra-transformés soit globalement plus nocive, il n’est pas rare de voir des produits ultra-transformés avec un meilleur Nutri-score que des produits bruts ou peu transformés. Cela n’a rien d’incohérent car la nocivité du sel, du sucre ou encore du cholestérol dépend davantage de la quantité en présence que du nombre de transformations ou d’ingrédients des aliments.

 

Les produits animaux sont plus à risques que les produits végétaux

 

Dans une étude scientifique publiée en janvier 2020, Sylvie Davidou et ses collaborateurs ont utilisé la classification Siga pour caractériser 24 932 aliments emballés dans les supermarchés français (aliments pour bébés et alcool exclus). La catégorie des aliments ultra-transformés est divisée en 3 sous-catégories : les aliments n’ayant qu’un seul marqueur d’ultra-transformation et étant équilibrés nutritionnellement, ceux qui n’ont qu’un seul marqueur mais sont déséquilibrés et ceux ayant plusieurs marqueurs d’ultra transformation et/ou un additif présentant un problème de sécurité révélé. Les résultats montrent que les plats végétariens sont les moins nombreux dans la troisième catégorie (ils s’y retrouvent à 59%). Au contraire, alors qu’ils ne font pas l’objet d’attaques particulières et sont réputés « sains », 78% des yaourts aromatisés et fromages blancs s’y retrouvent. Les plats cuisinés contenant des produits animaux et les viandes salées, auxquels les spécialités végétales se posent en alternative, sont respectivement à 88% et 92% dans cette même catégorie. Globalement, plus ils comportent d’ingrédients d’origine animale, plus les produits ultra-transformés sont classés à risque.

 

Par ailleurs, l’additif à risque le plus représenté est le nitrite de sodium. Or, ce conservateur est très employé dans les viandes transformées et diverses charcuteries locales et traditionnelles. Classé comme cancérogène probable, d’après l’Institut National du Cancer il augmenterait le risque de cancer colorectal de 18% par portion de 50g de charcuterie supplémentaire par jour. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (ANSES) recommande d’en limiter la consommation à 25 g par jour (équivalent d’une petite tranche de jambon blanc). D’après l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), bien que les niveaux de sécurité semblent suffisamment protecteurs, si toutes les sources alimentaires de nitrites et de nitrates d’une alimentation conventionnelle sont prises en compte, les doses journalières admissibles sont susceptibles d’être dépassés dans tous les groupes d’âge de la population.

La classification holistico-réductionniste Siga selon le degré de transformation des aliments : une évaluation des aliments ultra-traités dans les supermarchés français

Pourcentage de denrées alimentaires en fonction du degré de transformation selon la classification Siga pour six catégories. A0: non transformés, A1: peu transformés, A2: ingrédients culinaires peu transformés, B1: transformés équilibrés nutritionnellement, B2: transformés à teneur élevée en sel, sucre et / ou matières grasses, C0.1: ultra-transformés équilibrés nutritionnellement C0.2: ultra-transformés à teneur élevé en sel, sucre et / ou matières grasses, C1: ultra-transformés à plusieurs marqueurs d’ultra-transformation et/ou d’un additif à risque.

 

Les produits végétaux contiennent les fibres dont nous avons besoin

 

En plus d’êtres sans nitrite, les produits végétariens et véganes de remplacement contiennent des fibres. 87% des adultes et 98% des enfants français en manquent, alors qu’elles diminuent le risque de surpoids et d’obésité, facteurs impliqués dans la survenue de nombreux cancers. Tandis que le taux d’obésité dans le monde est de 13%, en France il atteint 17%. Or, la carence en fibre est aussi un facteur de risque majeur du cancer colorectal. Celui-ci en particulier n’est pas anecdotique puisqu’il est la 2ème cause de décès par cancer en France.

 

On mange trop de protéines

 

Pour finir, beaucoup de gens consomment quotidiennement des produits animaux par peur de manquer de protéines. Pourtant, le régime occidental moderne en contient trop. En France, à 0,83g de protéine par kilo de masse corporelle en moyenne, nous en consommons près de 2 fois trop pour un homme sédentaire et 2,5 fois trop pour une femme sédentaire. La surconsommation de produits animaux est telle dans nos pays qu’une étude de la revue scientifique British Medical Journal concluait en 2020 que l’adoption d’un régime flexitarien, correspondant à la consommation moyenne de 300g de viande par semaine, permettrait d’éviter 18,9% des morts prématurées (tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre de l’alimentation de 74%). L’alimentation végane quant à elle, atteint la plus forte réduction de mortalité et d’impact environnemental.

 

L’enjeu majeur d’une alimentation saine

 Il faut bien se rendre compte de l’enjeu majeur que représente une alimentation saine d’un point de vue de la santé publique. Les régimes malsains présentent un plus grand risque de mortalité que les rapports sexuels non protégés et la consommation d’alcool, de drogue et de tabac réunis. Mais, ne nous y trompons pas, la principale nocivité d’un aliment ne vient pas en soi de la longueur de la liste de ses ingrédients ni du nombre d’étapes de transformation qu’il a subi. Si les aliments ultra-transformés sont nocifs, c’est surtout en raison de leur mauvais équilibre nutritionnel (pauvreté en fibre, richesse en graisses, sucres et sel). Or, les grandes marques de steak végétaux affichent pour l’immense majorité de leurs produits des Nutri-scores A ou B. Il est donc absurde de pointer particulièrement ces produits végétaux, alors qu’ils sont majoritairement moins problématiques que leurs alternatives d’origines animales.

 

Tandis que toutes les instances sanitaires nous répètent depuis des dizaines d’années de manger plus de légumes, de légumineuses et de céréales complètes, les produits transformés végétaux ont le mérite de pouvoir remplacer la consommation de produits transformés animaux, sans pour autant chambouler nos habitudes gustatives. Alors, pendant les beaux jours par exemple, au lieu de bannir l’usage de la cuisson au barbecue dont nous connaissons la nocivité, optimisons son utilisation, en commençant par y cuire des saucisses végétales qui contiennent des fibres et moins de graisses saturées !

[1]Enquête : que valent les produits végétariens ?”, Consommation Logement Cadre de Vie, 2020

[2] Ouns Hamdi, “Aliments végétariens dans les supermarchés : la grande arnaque”, Reporterre, 2020

[3] Ouns Hamdi, “Pour les produits végétariens et véganes, le Nutri-score n’est pas une garantie”, Reporterre, 2020

[4] Killian Bouillard, “Les « steaks végétaux » ne sont pas bons pour la santé”, Reporterre, 2021

[5] Pauline Ducamp, “Une étude de la CLCV pointe la faible teneur en protéines végétales des produits végétariens”, BFMTV, 2020

[6] Nina Pareja, “Les substituts de viande ou simili-carné ne sont pas forcément plus sains”, Slate, 2021

[7] “Les produits végétariens sont principalement composés d’eau, dénonce une association”, 20 minutes, 2020

[8] Jérémy Joly, “La surprenante composition de certains produits vegan”, Capital, 2020

[9] “Les produits végétariens épinglés par une association de consommateurs”, CNEWS, 2020

[10] “Produits végétariens et vegan : plus d’eau que de protéines végétales”, L’info durable, 2020

[11] “Des produits végétariens composés d’eau plus que de protéines végétales, selon CLCV”, Le Huffington Post, 2020

[12] Eric Roussel, “Des produits végétariens « principalement composés d’eau ! »”, La France Agricole, 2020

[13] “La qualité des produits végétariens passée au crible par la clcv”, Interbev, 2020

[14] “Les infos de 6h – Alimentation : la composition des produits vegan épinglée”, RTL, 2020

[15] Atlantico Rédaction, “Plus de la moitié des produits végétariens étudiés par une association contiennent de l’eau comme ingrédient principal”, Atlantico, 2020

[16] Pierre Emparan, “Trop d’eau et peu de protéines dans les produits végétariens et végans”, France Bleu, 2020

[17] L’Obs avec AFP, “Plus d’eau que d’ingrédients d’origine végétale : la composition des plats végétariens épinglée”, L’Obs, 2020

[18] Fanette BON, “Que valent les alternatives à la viande ?”, Ouest France, 2020

[19] La Rédaction, “Protéines végétales : Le GEPV conteste l’enquête du CLCV”, Agro Média, 2020

[20] AFP, “Produits végétariens: une étude pointe leur faible teneur en protéines végétales”, L’Express, 2020

[21] Odile Plichon, “Produits végétariens : payer plus cher ne vous garantit pas une meilleure qualité”, Le Parisien, 2020

[22] La Rédaction, “Une association de consommateurs s’attaque aux produits végétariens et végans”, Valeur Actuelle, 2020

[23] Thierry Mestayer, “Produits végétariens : attention aux additifs !”, Le Telegramme, 2020

[24] AFP, “Produits végétariens: une étude pointe leur faible teneur en protéines végétales”, Le Point, 2020

[25] AFP, “Produits végétariens : une étude pointe leur faible teneur en protéines végétales”, Good Planet mag’, 2020

Kaïros : le moment opportun de changer son alimentation

Temps de lecture estimé : 7 min

Une crise tragique possiblement salvatrice

Le commerce d’animaux en cause

L’horreur sur fond de crise écologique

Le végétal pour tous nous nourrir

A l’heure du confinement généralisé, le salut alimentaire

(R)éveillons-nous !

 

À l’instar des animaux d’élevage, nous venons de perdre notre liberté de circuler librement : nous sommes confinés (ou semi-confinés, suivant les pays). La différence, c’est que nous le sommes pour notre bien, notre santé. Souhaitons-nous allouer davantage de ressources à la gestion de crises épidémiques ou préférerons-nous réorienter notre alimentation pour maximiser nos chances d’évitement ? En cette période inédite dans toute l’histoire de l’humanité, où plus de la moitié de la population mondiale a vu ses libertés de mouvement réduites drastiquement, cet appel est une invitation à coopérer. Prenons ensemble les dispositions nécessaires à l’avènement de nouveaux mondes, que notre inventivité puisse s’exprimer durablement !

 

Une crise tragique possiblement salvatrice

Existe-t-il un traitement permettant de nous guérir ? Un médicament ou un remède miracle pourrait-il nous soigner durablement ? Nous évitera-t-il seulement la rechute déjà annoncée [1]? Bonne nouvelle ! La réponse est oui et elle est à portée de main. Nous la connaissons, elle est sans risque, et porte en elle les germes de l’évolution humaine au sens le plus noble qu’il soit. Mais comme pour les vaccins il faut que chacun de nous puisse y recourir afin de protéger l’ensemble de la population, c’est un jeu collectif et l’actualité se charge de nous le rappeler.

Alors qu’une majorité de Chinois semble hostile à la consommation d’animaux sauvage [2], une minorité a provoqué une pandémie mondiale. Désigner clairement ce qui nous a amenés une nouvelle fois à une situation de crise sanitaire nous permettra de nous détourner vraiment de nos modes de consommation dangereux pour l’humanité [3].

Bien que les maladies infectieuses zoonotiques soient une préoccupation importante [4] depuis plus de 10’000 ans (origine de l’élevage), cette pandémie nous prend de court, comme si nous n’y étions pas préparés [5]. Alors qu’un consortium de climatologues et de statisticiens ont calculé la probabilité que le réchauffement climatique soit d’origine humaine à 99,9995% [6], il semblerait que nous soyons dans le même cas de figure, en attente des bouleversements qui s’annoncent sans précédent. En cause ? Principalement l’élevage, dont nous pouvons aujourd’hui aisément nous passer. Chacun à notre niveau, nous pouvons agir. Quel sens aurait l’injonction à certains pays de modifier leurs habitudes alimentaires sans y prendre part nous aussi ? En plus de minimiser les risques de zoonoses, planifier une sortie de l’élevage nous offrirait l’opportunité de réduire de 28% les émissions de Gaz à Effet de Serre [7], soit plus d’un quart du problème climatique.

 

Le commerce d’animaux en cause

75% des maladies infectieuses émergentes ont une origine animale [8]. Par exemple, la grippe espagnole, d’origine aviaire [9], a à elle seule tué plus d’humains que la tristement plus célèbre première guerre mondiale. Cinq siècles plus tôt, la variole et la grippe (issues des animaux domestiques) avaient décimé 90% de la population amérindienne.

Actuellement, 60% des maladies infectieuses connues sont responsables de 15,8% de tous les décès et 43,7% des décès dans les pays à faibles ressources [10], soit 2,5 milliards de malades et 2,7 millions de décès chaque année dans le monde. Cette menace crédible pour l’humanité en fait un des objets de recherche le plus important [11] aujourd’hui.

La multiplication récente des épidémies nous rappelle que nous sommes dans une spirale infernale. Les scientifiques du projet Global Virome nous apprennent que la faune sauvage abrite actuellement 1,7 millions de virus encore inconnus, dont 50% pourraient être dangereux pour les humains. Comprendre les mécanismes à l’oeuvre [12] est primordial, mais il semble illusoire de croire qu’un contrôle des apparitions de maladies transmissibles aux humains soit possible.

D’autres recherches scientifiques révèlent le rôle central du commerce d’animaux à travers la capture, le transport et l’abattage [13] dans la transmission des éléments pathogènes. Si la réserve de maladies infectieuses est significative, ce sont bien les activités de chasse, d’élevage et de commerce des animaux destinés à être mangés qui catalysent la transmission aux humains. C’est pour cette raison que le représentant de l’OMS en Chine, Dr Gauden Galea, affirme que « “tant qu’on mangera de la viande, il y aura un risque d’infection ». À ce titre, le gouvernement chinois a interdit tout transport ou commerce d’animaux sauvages [14] le 26 février dernier, dans l’espoir de limiter ce risque. En conséquence, la diminution du nombre d’animaux qu’entraînera l’arrêt de leur reproduction artificielle semble être l’action au plus fort potentiel réducteur du risque épidémique.

 

L’horreur sur fond de crise écologique

L’ensemble des animaux tués par les humains est indénombrable. On tue chaque année 150 fois plus d’animaux [15] d’élevage terrestres qu’il y eu de morts durant toutes les guerres de l’humanité. Nos modes de vies impliquent donc qu’en deux jours et demi, nous comptons plus d’animaux terrestres morts de l’élevage que les guerres n’ont fait de victimes. Pour les poissons, les chiffres s’envolent de 1000 à 3000 milliards [16], tandis qu’on tuerait 255 à 605 milliards de crustacés élevés [17] chaque année. Il n’existe pas d’estimation pour les céphalopodes et les gastéropodes, mais une chose est sûre, le pire bilan a lieu en mer [18].

Rappelons ici que chacun, individuellement, profite d’expériences subjectives, comme ressentir des émotions. Tous les êtres sentients ont des intérêts et des préférences, contrairement aux plantes par exemple, régies par leur milieu [19]. Non sentientes, elles n’ont pas développé cette capacité à souffrir, inutile à leur évolution.

Les chiffres astronomiques cités plus haut rendent compte de l’indépassable extermination de masse qu’il convient d’appeler zoocide [20] et qui a la particularité d’être perpétuel. Bien que vertigineux, ils reflètent autant de réalités qu’il y a d’individus. Or,  chacun mérite d’être considéré pour ce qu’il est et non pour ce qu’il serait, une fois transformé en aliment.

Par ailleurs, depuis que le lien [21] entre la maltraitance animale et la violence humaine a été établi, il est d’autant plus judicieux de se prémunir autant que possible contre toute violence, aussi insidieuse soit-elle. Pour que, dans ce monde d’après, la cruauté ordinaire devienne extraordinaire, par précaution pour les plus démunis.

D’un point de vu écologique, les animaux dépendent des végétaux et non l’inverse. La loi fondamentale du transfert de l’énergie du maillon inférieur au maillon supérieur s’appelle loi des 10%, car 90% d’énergie est perdue par maillon. Les êtres vivants sont des systèmes dissipatifs ouverts et aucun subterfuge ne permettra de réduire ce gouffre énergétique autrement qu’à la marge (méthanisation, par exemple). Cette loi se vérifie à l’échelle mondiale [22] d’après les données de la FAO. Un tel gaspillage de ressources aujourd’hui n’est plus tenable. Il nous faut réorienter nos denrées agricoles pour nous nourrir directement plutôt que le bétail qui sera transformé en viande. D’ailleurs, fort heureusement, il n’existe pas d’élément magique que les animaux d’élevage nous apporteraient dont on ne saurait se passer. Pour le climat [23] comme pour la biodiversité [24], la priorité absolue est donc de réduire la part des produits animaux dans l’alimentation.

 

Le végétal pour tous nous nourrir

Trop de personnes [25] croient encore qu’une alimentation végane est susceptible de provoquer des carences. La science nous a prouvé le contraire et en ces temps de lutte contre le coronavirus, il apparaît salutaire de s’en remettre à elle. En réalité, aucun animal [26] n’est en mesure de synthétiser la vitamine B12. Depuis sa découverte en 1948, les humains peuvent court-circuiter l’intégralité de la partie animale de la chaîne alimentaire grâce à la source originelle de ce nutriment : les bactéries [27].

Nous le savons plus officiellement depuis qu’il est a été démontré par les nutritionnistes qu’un régime végane bien mené [28] convient à toutes les étapes du cycle de la vie, y compris la grossesse, l’allaitement, la petite enfance, l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte, tout comme pour les athlètes. De plus en plus d’études scientifiques prouvent même qu’il serait meilleur que notre régime occidental (1 [29], 2 [30], 3 [31]). Les méta-analyses de l’OMS montrent également une diminution de la mortalité précoce de 7 à 18% en migrant vers une alimentation végétarienne ou végane équilibrée.

A l’heure du confinement généralisé, le salut alimentaire

« Je suis éleveur, je meurs [32]». Bien que nous ne cautionnions aucunement l’exploitation animale, nous pensons aux éleveurs délaissés par ce système pourtant si prompt à s’en réclamer. Ne nous y trompons pas, c’est du fait des gouvernements successifs que ces situations existent. Gouverner, c’est prévoir et assumer les responsabilités.

En France, les éleveurs bovins laitiers représentent la catégorie socioprofessionnelle au plus haut taux de suicide [33]. Quel genre de gouvernement, a priori solidaire, laisse pourrir à ce point des situations personnelles que certains en viennent à commettre l’irréparable ? L’arsenal répressif déployé au sein de la cellule Demeter n’y changera strictement rien, alors même que ces moyens engagés permettraient d’offrir des reconversions prometteuses à ces professionnels qui, comme toute personne, ne méritent pas l’abandon. Cette période créative est l’occasion d’envisager des portes de secours. Inciter les éleveurs à devenir transformateurs locaux de produits végétaux à forte valeur ajoutée, par exemple, permettrait de conjurer le sort. Grâce aux savoir-faire traditionnels [34] préservés, une nouvelle culture culinaire déjà riche et éclatante pourra alors émerger.


(R)éveillons-nous !

Soyons dès aujourd’hui des moteurs du changement. Pour que l’éthique animale ne soit plus la bête noire de notre philosophie mais la clef de notre humanité. Pour que l’alimentation, principale cause du changement climatique et de perte de la biodiversité, en devienne son rempart.

Nous, véganes responsables, sommes prêts à co-construire le monde de demain, basé sur la considération de chacun.

Nous, véganes attentifs, sommes engagés pour plus de justice sociale, y compris pour les éleveurs.

Nous, véganes conséquents, sommes déterminés à sortir durablement le monde de cette situation de crise sanitaire sans précédent.

> Pétition d’engagement symbolique pour globaliser le sursaut personnel, condition sine qua non à l’éclosion de nouveaux mondes

 

[1] Williams, F., & Veaudor, D. (2013). La pandémie qui vient. Books, (10), 42-45.

[2] Zhang, L., & Yin, F. (2014). Wildlife consumption and conservation awareness in China: a long way to go. Biodiversity and Conservation, 23(9), 2371-2381.

[3] Yassif, J. (2017). Reducing global catastrophic biological risks. Health security, 15(4), 329-330.

[4] Gebreyes, W. A., & al. (2014). The global one health paradigm: challenges and opportunities for tackling infectious diseases at the human, animal, and environment interface in low-resource settings. PLoS neglected tropical diseases, 8(11).

[5] Urvoy, M. (2020, avril 6). Comme si c’était la première pandémie. Ouest France.

[6] Leyes, J. (2018, juillet 30). Les activités humaines dérèglent le climat et c’est sûr à 99,9995%. Sciences et Avenir.

[7] American Association for the Advancement of Science. (2019). Erratum for the Research Article “Reducing food’s environmental impacts through producers and consumers” by J. Poore and T. Nemecek. Science, 363(6429), eaaw9908.

[8] Kurpiers, L. A. & al. (2016). Bushmeat and emerging infectious diseases: lessons from Africa. In Problematic Wildlife (pp. 507-551). Springer, Cham.

[9] Hoag, H. Study revives bird origin for 1918 flu pandemic. Nature News.

[10] Salyer, S. J. & al. (2017). Prioritizing zoonoses for global health capacity building—themes from One Health zoonotic disease workshops in 7 countries, 2014–2016. Emerging infectious diseases, 23(Suppl 1), S55.

[11] World Health Organization. (2009). Pandemic influenza preparedness and response: a WHO guidance document. Geneva: World Health Organization.

[12] Sicard, D. (2020, mars 27). Il est urgent d’enquêter sur l’origine animale de l’épidémie de Covid-19. France Culture.

[13] AFP, S. A. (2020, janvier 26). Le commerce des animaux sauvages, terreau fertile des épidémies. Sciences et Avenir.

[14] Daly, N. (2020, janvier 30). Coronavirus : la Chine interdit définitivement la consommation d’animaux sauvages.

[15] Côté-Boudreau, F. (2015, juillet 13). Chaque année, on tue plus d’animaux qu’il y a eu de morts durant toutes les guerres de l’humanité.

[16] Mood, A., & Brooke, P. (2010). Estimating the number of fish caught in global fishing each year. Fishcount.

[17] Numbers of farmed decapod crustaceans. Fishcount.

[18] Mood, A. (2010). Worse things happen at sea: the welfare of wild-caught fish.

[19] Lories, D. (2013). Hans Jonas, Les fondements biologiques de l’individualité.

[20] Concept du « zoocide ». Wikipédia.

[21] Linzey, A. (2009). The link between animal abuse and human violence.

[22] Mottet, A. & al. (2017). Livestock: On our plates or eating at our table? A new analysis of the feed/food debate. Global Food Security, 14, 1-8.

[23] Guéguen, J. (2019, octobre 31). L’énigme des experts climatiques face à l’urgence. APALA

[24] Hir, P. L. (2019, mai 6). Biodiversité : « La priorité est de réduire la part des produits animaux dans l’alimentation ». Le monde.

[25] « L’alimentation végane est saine et viable, à tous les âges de la vie », défendent des professionnels de santé. (2017, octobre 25). France Soir.

[26] Martens, J. H. & al. (2002). Microbial production of vitamin B 12. Applied microbiology and biotechnology, 58(3), 275-285.

[27] Fédération végane. D’où vient la B12 ? Vive la B12.

[28] Melina, V. & al. (2016). Position of the academy of nutrition and dietetics: vegetarian diets. Journal of the Academy of Nutrition and Dietetics, 116(12), 1970-1980.

[29] Song, M. & al. (2016). Association of animal and plant protein intake with all-cause and cause-specific mortality. JAMA internal medicine, 176(10), 1453-1463.

[30] Orlich, M. J. & al. (2013). Vegetarian dietary patterns and mortality in Adventist Health Study 2. JAMA internal medicine, 173(13), 1230-1238.

[31] Allen, N. E. & al. (2002). The associations of diet with serum insulin-like growth factor I and its main binding proteins in 292 women meat-eaters, vegetarians, and vegans. Cancer Epidemiology and Prevention Biomarkers, 11(11), 1441-1448.

[32] AFP, L’Obs (2016, février 29). « Je suis éleveur, je meurs »: les agriculteurs crient leur détresse au Salon. L’OBS

[33] Monrozier, A. J. (2018, février 5). Le suicide des agriculteurs en chiffres. France Bleu Vaucluse

[34] Fondue végane, fondue du futur ? – Vidéo. (2020, avril 9). RTS Radio Télévision Suisse.

L’énigme des experts climatiques face à l’urgence

Ou comment passer à côté du principal facteur émetteur mondial qu’est l’élevage

Temps de lecture estimé : 35 min

Résumé

Introduction

Le cas carbone

D’un texte riche et inspirant…

Une approche transversale intéressante

Insoumis aux entournures

…au point aveugle problématique que constitue l’élevage

De quelle quantité d’émission de GES l’élevage est-il responsable ?

Des études françaises…

…aux études internationales

Notre psychologie au secours du climat

L’approche de Jean-Marc JANCOVICI comme cas d’école

L’élevage ne concerne pas uniquement le secteur de l’alimentation

L’indicateur économique nous renseigne sur l’ampleur de la situation

Le dilemme énergétique

La démographie pose-t-elle vraiment problème ?

Partage contre accaparement des ressources

Conclusion

Message

Au travers les résultats des études du cabinet Carbone 4 ainsi que des études internationales d’ampleurs, nous tentons de démontrer que le curseur ne pointe délibérément pas vers la meilleure stratégie de réduction des émissions de GES.

Résumé

En ne pointant délibérément pas l’abandon de l’élevage comme solution pour le climat, l’article de novethic « Le classement des meilleures solutions pour le climat » invisibilise le principal facteur d’émission de Gaz à Effet de Serre. Une considération dont on ne peut pas se passer alors qu’y est évoqué l’urgence, la radicalité et même un certain déploiement agressif de solutions ! Si nous ne changeons pas d’orientation d’ici à 2020, s’alarmait Antonio Guterres alors secrétaire général de l’ONU, nous risquons des conséquences désastreuses pour les humains et les systèmes naturels qui nous soutiennent.

Ce cas n’est malheureusement pas isolé : nous constatons régulièrement cette incohérence dans le discours des experts largement relayé par les médias. Dès lors, quel doit être le sens des priorités pour agir efficacement contre le réchauffement climatique ?

Par l’analyse des travaux et discours du Monsieur Climat Français, Jean-Marc Jancovici, et au travers d’une interview choisie, ce rapport met en lumière cet étrange ordre des priorités qui place les questions liées à l’élevage et à l’alimentation au second plan alors qu’elles s’en situent à la pointe. Etant donné les enjeux graves autour du réchauffement climatique, il est essentiel de savoir où porter l’effort. Alors que nous nous focalisons sur l’aviation et le numérique, tant et si bien que la honte de prendre l’avion reçoit un écho de plus en plus fort, ces deux secteurs participent respectivement à hauteur de 2 et 4% des émissions de Gaz à Effet de Serre mondiales (soit 25 et 13 fois moins que l’élevage selon l’estimation de Jean-Marc Jancovici*).

Au-delà de son cas, ce document pointe la dissonance cognitive à laquelle nous faisons face. Bien que les experts démontrent à longueur d’études que le plus fort potentiel de réduction d’émission se situe bien sur l’alimentation, ils peinent à en déduire les recommandations claires vis-à-vis du changement de comportement à adopter. Abandonner l’élevage et donc profondément, voir totalement végétaliser l’alimentation entraineraient pourtant une réduction de ¾ des émissions du seul secteur de l’alimentation.

Ce rapport est également l’occasion d’une présentation factuelle du dilemme énergétique qu’impose l’élevage face au dérèglement climatique. A APALA nous tenons à mettre les faits au cœur des enjeux majeurs de notre époque et à démontrer les insuffisances de rigueur, même chez des intellectuels qui ont par ailleurs tout notre respect pour l’incroyable travail accompli.

Introduction

Nos sociétés contemporaines émettent de plus en plus de Gaz à Effet de Serre (GES) qui réchauffent l’atmosphère en absorbant le rayonnement infrarouge. Ils diminuent la propension qu’a notre atmosphère à renvoyer l’énergie du soleil dans l’espace en la gardant sur Terre. Ce piégeage de chaleur est le phénomène d’augmentation des températures moyennes océaniques et atmosphériques plus connu sous le nom de réchauffement climatique. D’après les climatologues, plus de 70% de ce forçage radiatif serait imputable aux énergies dites carbonées. Or nous consommons de plus en plus d’énergie carbonée d’origine fossile, qui provient du charbon, du pétrole et du gaz. Si bien que de 2000 à 2018, la consommation de charbon a augmenté 11 fois plus que le solaire et 5 fois plus que l’éolien dans le monde.[1] Nous voyons donc ici à quel point il est dangereux de compter sur l’essor des énergies renouvelables qui ne font qu’ajouter leur production au lieu de la substituer. Nous aurions déjà mesuré une augmentation de +1°C par rapport à la seconde moitié du 19ème siècle et les dernières prévisions pessimistes annoncent +7°C d’ici à 2100.[2] Pour s’en rendre compte, il y a 20 000 ans à l’âge glaciaire, tandis qu’il faisait en moyenne 5°C de moins qu’aujourd’hui: plusieurs kilomètres de glace recouvraient l’Amérique et l’Europe du Nord, la France ressemblait au nord sibérien actuel et la mer était plus basse de 120 mètres ! [3] Aujourd’hui l’augmentation est de 50 à 100 fois plus rapide. Faisant face à l’élévation de température la plus rapide que la Terre n’ai jamais connue, nous devons néanmoins nous accommoder à un monde aux ressources physiques limitées.

Auteur principal du Bilan Carbone de l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie), Jean-Marc JANCOVICI a fondé Carbone 4, le cabinet de conseil sur la transition bas carbone. Il est le président de l’association The Shift Project qui milite pour la décarbonation volontaire de l’économie. Venant d’être nommé au Haut conseil pour le climat qui est l’organisme chargé d’émettre des avis et recommandations sur la mise en œuvre des politiques et mesures publiques pour réduire les émissions de gaz à effet de serre en France, il incarne la personne incontournable de la problématique. Par ailleurs, très suivi dans nos réseaux, il se révèle très influent dans les milieux sensibilisés. Il est un peu le ״Monsieur Climat français״. C’est pourquoi nous croyons pertinent d’analyser le positionnement des experts climatiques par son biais. Saluons l’engagement constant dont il fait preuve à longueur de conférences, tables rondes, interview, auditions, vidéos etc… en général, et pour cet article en particulier qui participe à visibiliser la question environnementale notamment à travers les gisements de ressources.

Au travers la critique de son interview, « l’Europe est en décroissance énergétique depuis 2007 »[4] paru dans le Hors-Série n°6 de Socialter, « L’avenir sera low-tech » que nous vous conseillons chaudement, nous tenterons de mettre en exergue l’écart entre ses résultats et ses recommandations, ce qui fatalement, nous est préjudiciable. Tout semble bien confirmer que même un expert comme Jean-Marc Jancovici mobilise plus d’énergie sur des problématiques secondaires (comme le transport) plutôt que sur l’élevage, dont il affirme pourtant lui-même la prépondérance dans le bilan carbone mondial.

Le cas carbone

Dans une optique de recherche de solution à la réduction d’impact environnemental de nos actions, l’empreinte carbone est l’indicateur privilégié. Le pouvoir de réchauffement climatique des émissions de gaz à effet de serre n’étant plus à démontrer, c’est la mesure de référence qu’il convient de considérer pour aiguiller nos choix tant au niveau collectif qu’individuel. Commençons ici par ses  explications concernant la comptabilité carbone, dispensées aux étudiants des Mines.

La Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC)[5] qui a été adoptée au cours du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992 par 154 États (plus les pays membres de la Communauté européenne) est la première tentative, dans le cadre de l’ONU, de mieux cerner ce qu’est le changement climatique et comment y remédier. La conclusion selon M. Jancovici :

  • On va se donner pour objectif de maintenir le changement climatique entropique à des niveaux qui ne présentent pas de dangers pour l’Homme.

La comptabilité carbone est en fait le bilan carbone. Elle regarde avec des unités physiques (unités de masse) la quantité de carbone qu’on extrait du sol et, qu’une fois oxydé, on envoie dans l’atmosphère. Il est initialement conçu pour donner une visibilité sur la contribution de nos activités à l’enrichissement atmosphérique en CO2 et par construction il renseigne (avec la même métrique) sur l’épuisement des ressources (le carbone est initialement extrait d’un gisement de combustible fossile). La même comptabilité physique nous permet donc de nous attaquer à la question de la disponibilité en combustibles fossiles ainsi qu’à celle du réchauffement climatique.

Les caractéristiques physiques et chimiques des gaz à effet de serre font qu’il est légitime d’agréger les émissions de CO2 d’où qu’elles viennent. Ils ont une très grande longévité chimique dans l’atmosphère qui se compte en décennies voir en siècles. Or l’atmosphère à un système de circulation à grande échelle qui fait qu’elle est brassée sur sa totalité en l’espace d’un ou deux ans. Le lieu de l’émission n’a donc strictement aucune espèce d’importance. C’est la raison pour laquelle, en ce qui concerne les émissions de gaz à effet de serre, il est légitime de ne pas se soucier de leur lieu d’émission pour tenir compte de leur impact sur le changement climatique. Autrement dit, l’atmosphère représente un grand pot commun où personne ne va hériter des impacts de ses propres émissions. Un inventaire des émissions permet de comprendre de quels processus dépend l’activité. Le bilan carbone vise à caractériser les liens de dépendances.

Il y a donc un intérêt général humain à considérer les émissions de GES de chacun. S’en sentir concerné semble constituer la première étape.

D’un texte riche et inspirant…

Une approche transversale intéressante

Tout d’abord cette interview est une bonne occasion d’apprendre de nouvelles choses : les sociétés auraient été techniquement low-tech mais aussi plus rigides qu’aujourd’hui. Contre intuitivement, la spécialisation était plus importante et c’est la technologie qui nous a permis une forme de liberté individuelle. Quant aux civilisations historiques européennes et asiatiques, elles faisaient preuve d’ingéniosité pour pallier à la rareté locale d’une ressource. Plutôt que d’ignorer la contrainte elles reconnaissaient ses limites de manière à optimiser son exploitation.

Son constat est sans appel : trop de ressources ont été employées à tort et à travers, pour des suppléments de confort optionnels rendant insoutenable notre mode de vie. Diminuer les flux de matières premières et rendre explicite l’arbitrage aujourd’hui implicite sont désormais impératifs.

 

Insoumis aux entournures

Alors que nous connaissons ses positions à propos de la préservation de l’énergie nucléaire pour surmonter le dérèglement climatique comme amortisseur de la contraction, il rend responsable le système médiatique du manque de conscience écologique de la population.

Faisant fi des convenances, avec aussi un brin d’impertinence, il préconise des changements plus ou moins radicaux, allant de la réduction par 3 de la consommation des voitures avant de passer à l’électrique, à la question de la liberté des propriétaires de logements vacants.

Conscient que le nouveau point d’équilibre risque de contraindre davantage nos libertés individuelles, il invoque un régime désirable et ludique pour espérer y parvenir. Enfin, plutôt que d’imaginer un niveau de vie à l’arrivée, Jean-Marc Jancovici préfère envisager la dynamique pour y parvenir, ce qui n’est pas pour nous déplaire.

…au point aveugle problématique que constitue l’élevage

                En traitant de manière transversale la question climatique, J.M. Jancovici questionne des sujets à priori éloignés des enjeux énergétiques. A ce titre, il prend régulièrement des positions radicales pour espérer limiter notre empreinte énergétique. Diminuer tôt ou tard la population humaine ou interdire les greffes d’organes pour les personnes de plus de 65 ou 70 ans en sont deux exemples significatifs. Il nous semble alors légitime de nous questionner sur la pertinence de tels propos. Est-ce vraiment sur ce genre de levier que se situent les principales marges de manœuvres ? Il affirme lui-même que les choix pour réduire notre impact environnemental sont mal éclairés lorsqu’il s’agit de se mettre délibérément au régime pour durer.

Paradoxalement, M. Jancovici sous-estime son manque d’éclairage sur l’apport de l’élevage pour espérer résoudre la crise environnementale. A contrario, il préfère des sujets comme l’aviation et le numérique, alors même que d’après ses propres résultats, les marges de manœuvre y sont très limitées.

Pourquoi est-ce que des experts compétents biaisent-ils en définitive leurs propres résultats d’étude ? Quelles motivations peuvent pousser un scientifique à minorer, consciemment ou inconsciemment, ses propres chiffres ?

De quelle quantité d’émission de GES l’élevage est-il responsable ?

Toujours dans son cours intitulé « La comptabilité carbone »[6], Monsieur Jancovici a soumis à l’expertise des étudiants de l’école des Mines des cas concrets à l’aide de bilans carbone d’un distributeur d’eau, d’un opérateur téléphonique, d’une société de BTP, d’une banque (hors prêts) ainsi qu’un organisme public de promotion des échanges culturels. Le but étant de dévoiler la pertinence de telle ou telle action qui aurait à priori été plébiscité, ce petit exercice d’analyse rapide de cas pratiques révèle toute l’utilité des bilans carbone. Si une diminution des émissions carbone est souhaitée, son bilan permet de comptabiliser les postes et aide ainsi à choisir le ou les actions les plus impactantes pour parvenir le plus efficacement et le plus facilement possible au résultat escompté.

Pour l’opérateur téléphonique français, l’électricité de chargement des téléphones portables se révèle ainsi être un poste d’émission marginal comparé à leur fabrication par exemple (facteur 10). L’action la plus intéressante quant à elle, semble être d’éviter de passer à la 5G comme le mentionne très justement un étudiant. Bien-sûr ces arbitrages impliquent des contreparties, qui vont généralement à l’encontre des intérêts de l’entité ainsi étudiée. Des arbitrages peuvent alors être réalisés en toute conscience si l’analyse fait état des éventuels coûts cachés potentiellement préjudiciables à l’entreprise.

A l’instar des différents cas concrets présentés aux étudiants, l’analyse du bilan carbone mondial par secteur nous renseigne sur les marges de manœuvre applicables à la réduction globale des gaz entropiques. Le 5 mars 2016, nous avions adressé une lettre ouverte à Jean-Marc Jancovici [7] concernant l’évaluation des émissions réellement imputables au secteur paraissant prépondérant dans la balance de par son imbrication sectorielle : l’élevage.

״L’élevage concentrerait à lui seul 14.5% des GES selon la FAO [8] mais 51% selon le World Watch Institute [9] qui affirme prendre en considération   la   respiration   du   cheptel   mondial. Sur   votre   visuel   «Décomposition   des émissions mondiales en 2014» 20% des émissions sont imputées à l’agriculture en générale. La  déforestation  représente  également  8%  du  total. Or toujours selon la FAO, l’élevage est responsable de 70% de la déforestation actuelle. Alors, quelles sont réellement les émissions imputables à l’élevage? ״

A cette question il nous avait précisé à juste titre :

״Sur la part de l’élevage dans les émissions mondiales, il faut sommer les émissions directes du cheptel (rumination, déjections), celles de la culture des céréales qui alimentent les bestiaux (protoxyde après épandage des engrais, diesel des tracteurs), voire de fabrication des engrais N pour la culture des céréales qui alimentent le cheptel, et enfin la déforestation en amont clairement imputable à l’alimentation animale (pâturages, soja).

La respiration n’entre pas en ligne de compte (attention à ne pas confondre avec rumination). La respiration restitue à l’atmosphère, sous une forme oxydée, le carbone contenu dans les plantes mangées par l’animal, et ce carbone provient… de l’atmosphère. C’est donc un cycle fermé. ״

Et nous a répondu sans détour : ״A vue de nez, j’accepte l’idée que ça fait une moitié au moins. ״

Or comme l’a très justement rappelé M. Jancovici ״les raisonnements en parts de camembert ne représentent pas les dépendances qu’il peut y avoir entre deux parts. ״ La déforestation et l’agriculture en constituent un très bon exemple.

Une moitié au moins… force est de constater qu’une telle information ne s’est jamais propagée jusqu’alors. Tout le monde semble avoir retenu que l’élevage représente à lui seul une part plus importante que celle de l’ensemble des transports réunis (13,5%)[10], très loin d’une moitié. Selon ses dires, ce résultat serait en fait obtenu en ramenant le pouvoir de réchauffement global (PRG) du méthane et du protoxyde d’azote sur une période de 20 ans au lieu des 100 ans communément utilisés[11]. Quelle échelle est alors aujourd’hui la plus judicieuse à utiliser ? Sa réponse semble nous renseigner quant à son avis sur cette question. Cependant, des désaccords semblent subsister sur la méthodologie à privilégier. Le seul passage d’une échelle de 100 à 20 ans ne permettant pas d’arriver à la moitié des émissions mondiales, mais plutôt aux alentours des 30%, quels sont alors les points implicites permettant d’y parvenir ?

Des études françaises…

Dans son article « Combien de gaz à effet de serre dans notre assiette ? »[12], M. Jancovici arrivait en 2010 à la conclusion que l’alimentation représentait environs 1/3 de nos émissions françaises. La dernière mise à jour date de 2017. Dans « Notre (r)évolution carbone »[13] son cabinet d’audit, Carbone 4 dévoilait précisément nos émissions de carbone : 23,6% pour l’alimentation avec 75% de viandes et produits laitiers soit 17,7% du total.

Déjà, une différence importante peut être constatée entre l’analyse sectorielle et la moyenne individuelle, la part des émissions liée à notre alimentation passe de 1/3 à 1/4. Seules des précisions quant aux méthodes de calculs semblent pouvoir éclaircir ces résultats.

Dans son dernier rapport « Faire sa part ? »[14], Carbone 4 précise le pouvoir et les responsabilités des individus, des entreprises et de l’état face à l’urgence climatique toujours à l’aide de ces fameuses parts d’émissions issues de bilans carbone. On y apprend que le passage d’un régime carné à un régime végétarien représente à lui seul 10% de baisse de l’empreinte totale (40% du total de la baisse maximale induite par les changements de comportements étudiés). Précision apportée : ״comparaison des facteurs d’émissions «Repas moyen» et «Repas végétarien» de la Base Carbone de l’ADEME. Les effets de bord tels que l’impact de la suppression de l’utilisation des déjections animales dans les amendements n’ont pas été pris en compte. ״

On retrouve environ ce chiffre à partir d’un simple produit en croix sur la réduction en pourcentage qu’impliquerait la suppression des viandes de l’alimentation de « Notre (r)évolution carbone » (9,7%). Ça semble logique, c’est Carbone 4 qui a produit les deux études.

…aux études internationales

Selon une étude publiée en 2013 basé sur le modèle suédois (Åström et al. 2013)[15], le régime végétarien permettrait de réduire de 46% la part d’émission de l’alimentation. Si on applique alors ce pourcentage à la part de « Notre (r)évolution carbone », on retombe sur 10,9% soit environs la même réduction annoncé par Carbone 4 au pourcentage près.

A la page 9 du rapport « Faire sa part ? » la remarque : ״ Parmi les actions individuelles à plus fort impact, le passage d’un régime carné à un régime végétarien, voire végétalien, est significatif ״

Ces deux régimes ne sont pourtant pas les mêmes et leur analyse sectorielle détaillée montre que les produits laitiers représentent à eux seuls 34% de la part de l’alimentation soit plus de 8% du total. Alors que le végétalisme bien mené est un régime viable pour tous à toutes les étapes du cycle de vie, bon pour la santé et bénéfique pour la prévention et le traitement de certaines maladies (Craig et al. 2009)[16], pourquoi ne pas envisager conséquemment un tel régime ? Bien qu’il s’agisse de régimes alimentaire ; un, plus poussé que l’autre pourrait-on dire, cet amalgame est incompréhensible à une telle différence de niveau d’émission.

Le Foodwatch allemand de son côté, a estimé que passer à une alimentation végétalienne réduirait de 87% les émissions liées à l’alimentation[17]. En appliquant à nouveau ce pourcentage à notre proportion de viandes et de produits laitiers dans « Notre (r)évolution carbone », nous arriverions à 20,1% de réduction d’émission de GES sur notre bilan total. Non loin des 17,7% calculés à partir des résultats de Carbone 4. Soit une réduction de 1/5 des émissions totales de GES.

Ces résultats sont bien-sûr approximatifs. Pour ce qui est des produits en croix brut appliqués aux résultats détaillés de Carbone 4, ils ne prennent pas en compte une augmentation de la ration de fruits, légumes, céréales, oléagineux, noix etc à laquelle nous pouvons nous attendre. Cependant, compte tenu des faibles taux d’émission des aliments d’origine végétale, et de la non prise en compte d’impacts tels la suppression de l’utilisation des déjections animales dans les amendements nous pouvons raisonnablement considérer ces résultats.

 

Une étude américaine a évalué que les émissions induites par un régime omnivore d’origine 100% locale sont 7 fois supérieures à celles induites par un régime végétalien non local (Weber C.L. et al., 2008)[18]. Il y est également constaté que, bien que les denrées alimentaires soient transportées sur de longues distances en général (livraison moyenne de 1 640 km et chaîne d’approvisionnement du cycle de vie de 6 760 km en moyenne), les émissions de GES associées aux aliments sont dominées par la phase de production, représentant 83% des 8,1 t des ménages américains moyens (empreinte CO2e / an pour l’alimentation). Le transport dans son ensemble ne représenterait que 11% des émissions de GES du cycle de vie, et la livraison finale du producteur au détaillant que 4%.

L’étude de Poore et Nemecek (2018)[19] serait une des études alimentaires la plus vaste menée à ce jour. Publiée dans la revue Science, elle a collecté les données issues d’un échantillon de près de 40 000 exploitations agricoles dans 119 pays et couvre 40 produits alimentaires représentant 90% de tout ce qui est consommé. L’impact général de ces aliments a été évalué : utilisation des terres, émissions de GES, utilisation de l’eau douce, pollution de l’eau (eutrophisation) et pollution atmosphérique (acidification). Elle confirme l’écart important qu’il existe entre les émissions des produits végétaux et animaux[20]. M. Jancovici l’avait présenté sur un graphique (Emissions de gaz à effet de serre liées à la production d’un kg de nourriture, en kg équivalent carbone, avec une discrimination par gaz, pour les produits dits « conventionnels »)[21]. D’après lui, les émissions de gaz à effet de serre liées à la production d’un kilogramme de nourriture en système biologique restent du même ordre, voire augmentent un peu[22]. Il précise : cela est lié au moindre rendement des cultures, et au fait que les amendements bio (fumiers par exemple) conduisent aussi à des émissions de protoxyde d’azote.

Cet écart important se révèle à chaque nouvelle étude, qu’il soit question d’émission de gaz à effet  de serre, de consommation d’eau, d’occupation des terres arables, etc. Ce gap pourrait être représenté par deux courbes de tendance. Une appliquée aux produits végétaux, l’autre aux produits animaux. On verrait alors qu’il existe clairement un saut quantitatif d’émissions, de consommation et de monopolisation des ressources dans la très grande majorité des cas de figures ce qui n’est significativement pas le cas comparé au local, biologique de saison.

 

Springmann et al. (2018)[23] ont produit une autre étude d’ampleur qui tend à confirmer ces résultats au niveau global. Les chercheurs de l’Université d’Oxford ont modélisé les systèmes alimentaires de 159 pays sur la base de 62 produits agricoles entre 2010 et 2050 en faisant varier les régimes alimentaires, la performance des pratiques agricoles, et la réduction des pertes alimentaires. 5 indicateurs ont été considérés : émissions de GES, empreinte eau bleue (irrigation comprise), occupation des sols, consommation de phosphore et d’azote chimique. Conclusion :

  • Le changement de régime alimentaire constitue le plus gros levier de la transition.

Brent F. Kim et al. (2019)[24] ont mené une étude d’ampleur en modélisant les empreintes de GES et d’eau de neuf régimes alimentaires de plus en plus végétaux, alignés sur les critères d’un régime alimentaire sain, spécifiques à 140 pays. Une transition théorique vers un régime végétalien a permis de réduire de 70% en moyenne les empreintes de GES liées au régime alimentaire par habitant, par rapport au niveau de référence. Les régimes végétaliens avaient les empreintes de GES par habitant les plus faibles dans 97% des pays étudiés. Compte tenu des faibles empreintes de GES par kilocalorie de la plupart des aliments d’origine végétale, même une augmentation substantielle de leur consommation n’a que très peu d’effets sur les émissions globales de l’alimentation. Une remarque intéressante est que dans 95% des pays, les régimes comprenant uniquement des produits d’origine animale pour un repas par jour émettent moins de GES que les régimes lacto-ovo-végétariens (dans lesquels les viandes terrestres et aquatiques étaient entièrement éliminées). Ceci s’explique en partie par le poids équivalent carbone considérable des produits laitiers.

Enfin l’étude de GRAIN et l’Institute for Agriculture and Trade Policy (IATP) nous dit que si la croissance du secteur de la viande et des produits laitiers continue comme prévu, le secteur de l’élevage pourrait absorber à lui seul, 80% du « budget » annuel d’émissions de gaz à effet de serre compatible avec la limitation du réchauffement climatique à 1,5°C d’ici à 2050. Autrement dit, 4/5ème des émissions admissibles !

 

A l’instar de Herrero et al. (2011)[25], nous pensons qu’il est impératif de connaître la part des émissions de GES réellement imputable à l’élevage, dans sa globalité, afin de la considérer conséquemment, c’est-à-dire à la hauteur de son impact. De telles disparités sont incompréhensibles, 14,5%, 20%, 30% et 51% sont écartés de plus d’un facteur 3, pour des proportions aussi massives c’est le seul et unique cas, les hypothèses ne parvenant décidément pas à expliciter les résultats.

 

Notre psychologie au secours du climat

A première vue, si nous partons de l’hypothèse que nous avons toutes les informations, nous pouvons raisonnablement espérer nous mettre en action afin d’endiguer le dérèglement climatique. Or, il semblerait que des mécanismes réfractaires au changement soient à l’œuvre. Pour changer ses habitudes il faut sortir de sa zone de confort, et ça n’est pas chose aisée. Une motivation certaine doit nous permettre de faire évoluer nos actions quotidiennes durablement.

La première partie de l’émission « Sauver la planète : pourquoi est-ce si difficile ? » de Xenius sur ARTE, (jusqu’à 7 min 30 s) nous renseigne sur notre difficulté de changer de comportement malgré nos bonnes intentions. La deuxième partie manque cruellement sont objectif comme toujours, mais ne nous y attardons pas car les ressorts y sont les mêmes que pour notre cas d’étude.

Susan Fiske et Shelley Taylor ont appelé « avarice cognitive » le fait qu’en situation de concurrence, toute personne opte pour une proposition qui produit le plus d’effet cognitif pour le moindre effort mental.[26] Ici, la psychologue environnementaliste Ellen Matthies, reprend cette théorie à son compte en nous disant que les êtres humains tendent à penser, analyser et percevoir les choses en optant pour les biais cognitifs les plus connus.[27]

Pour changer factuellement, il faut donc que le cerveau enregistre au préalable, de nouveaux chemins comportementaux. C’est le rôle d’une structure cérébrale bien particulière : les ganglions de la base. Lorsque nous apprenons quelque chose de nouveaux, conduire par exemple, nous répétons sans cesse les mêmes mouvements. Cela entraine la formation dans notre cerveau, de ce qu’on pourrait appeler, des sentiers battus. A chaque fois que nous les empruntons, ils se consolident. Petit à petit, notre cerveau enregistre ce processus dans les ganglions de la base, ce qui nous permet de développer des automatismes. Nous conduisons sans avoir besoin de beaucoup réfléchir. Problème, une fois ancrés, ces comportements automatisés sont difficilement modifiables.

Toujours selon Ellen Matthies, ce qui serait réellement efficace sont les intentions d’implémentation qu’elle illustre par cet exemple : pour effectivement prendre le vélo plutôt que la voiture, il faut se représenter en image la prochaine course de prévue, se projeter au moment d’aller chercher son vélo et de partir. Plus le nombre de projection est élevé, plus c’est efficace. Le cerveau enregistrerait plus facilement ce nouveau comportement car nous aurions déjà envisagé notre plan d’action avant même d’être confronté à la situation. Au début il est conseillé de se fixer des objectifs modestes. Un problème majeur est que notre environnement regorge d’informations qui inondent notre cerveau, rendant difficile toute nouvelle implémentation. Elle ajoute : malheureusement, nous ne sommes pas en mesure de formuler des intentions d’implémentation pour tous les domaines comportementaux qui existent sans risquer un surmenage. Mieux vaut donc commencer par se concentrer sur un objectif.

Les intentions d’implémentation seraient donc nécessaires à tout changement factuel de comportement dans le temps, l’objectif étant primordial pour le passage à l’action. Ceci-dit, encore faut-il qu’il soit le bon !

Il semble donc particulièrement important de focaliser sur les bons objectifs afin de se donner une conduite à suivre. L’étude de cas suivante tente de démontrer ces manquements qui passent largement inaperçus aux yeux du public pourtant le premier concerné.

L’approche de Jean-Marc Jancovici comme cas d’école

En moyenne, passer à un régime végétarien réduit de 4 fois plus ses émissions de CO2 comparé à ne plus prendre l’avion. Ce qui nous amène donc à une réduction de 2,12 t CO2/pers/an pour un régime végétalien, ce qui équivaudrait à 7,8 fois plus que de ne plus prendre l’avion… 7,5 fois par rapport au découpage Carbone 4. Une action individuelle qui ne réduirait non plus de 10% mais de 20% son empreinte carbone ne devrait-elle pas être clairement mise en avant ? Surtout qu’il n’existe pas d’autre action individuelle permettant de régler 1/5ème du problème !

Une « rapide » analyse des publications Facebook du compte de M. Jancovici[28] permet d’avoir un aperçu des sujets marottes qui sont (supposons-le) représentatifs de son état d’esprit. L’attribution personnelle des publications ne saurait être faite au vue du nombre de personnes qui gèrent et donc publient sur sa page Facebook.

80 publications en 1 mois dont 6 qui abordent de près ou de loin le sujet de l’élevage et 2 au sujet de la viande industrielle majoritairement responsable de la déforestation amazonienne. Une seule publication pointe lourdement l’élevage pour les émissions de méthane des bovins, et la déforestation qu’il induit depuis le début de l’humanité, seulement si on clique sur « Afficher la suite » car sinon, le titre n’est pas très parlant : Comment les sols et l’agriculture peuvent aider le climat[29]. En parcourant l’article, on apprend finalement que ״ Les prairies utilisées par l’élevage ont, d’ailleurs, un rôle positif reconnu pour le climat : elles sont classées parmi les meilleurs stockeurs de carbone dans les sols, avec les forêts, selon l’INRA. ״ A ce sujet, le stockage des prairies semble largement surestimé d’après cette petite vidéo[30] de référence très bien réalisée, mais ne nous égarons pas.

Suivant régulièrement depuis plus de 5 ans les interventions de M. Jancovici, nous pouvons nous rendre compte de la place que prend l’élevage dans ses réflexions. Notre lettre ouverte avait donné lieu à une réponse quelque peu surprenante de sa part. Nous avons donc tenté de partager au maximum cette information, de le faire réagir dans son passage à l’émission Thinkerview, dans un live Facebook, et dans nombre de publications en rapport à l’élevage, toujours en le citant et l’identifiant. Jamais nous n’avons eu le plaisir de l’entendre à ce sujet, pourtant au cœur de son engagement quotidien. Ici, faisons le parallèle avec ce qu’il dit en conférence à Loudun ״ Si le journal avait pour vocation de représenter les faits et rien d’autre, et bien pour 1 article qui vous parle du solaire il devrait y en avoir 10 qui vous parlent du charbon ״.[31] Logique, non ?

Force est de constater que l’élevage constitue bien un point aveugle délibéré. Pratiquant une veille active depuis la création de notre association APALA (qui vise à rendre soutenable nos actions), nous remarquons très régulièrement des couacs tels que celui du 26 juin dernier où Carbone 4 publia une fiche synthèse visuelle à propos de leur rapport[32]. Il se trouve que l’action individuelle la plus impactante, à savoir devenir végétarien, a été oubliée. Après l’avoir fait remarquer en commentaires, l’erreur a été réparée mais visuellement, bien que citée en première (ce qui est rarement le cas alors soulignons-le), elle paraît être au même niveau que privilégier le vélo, ou ne plus prendre l’avion. Un facteur 4 semble pourtant être assez considérable pour la rendre plus visible…

Malheureusement pour notre compréhension collective, et donc notre capacité d’agir, nombre d’exemples peuvent ainsi être relatés. L’intervention de Shafik Asal[33] (fondateur d’Eco2initiaitive) au colloque 2018 de Bon pour le Climat est révélatrice de ces « omissions involontaires stratégiques ».

Cet angle mort empêche d’envisager conséquemment une hiérarchisation de nos priorités face au changement climatique biaisant ainsi tout arbitrage qu’il faudrait pourtant pragmatiquement envisager.

L’élevage ne concerne pas uniquement le secteur de l’alimentation

Il ne s’agit ici « que » de l’alimentation. Il doit pouvoir se dégager un facteur moyen de réduction d’émission lié au remplacement des produits animaux par des produits végétaux, au-delà de ce secteur.

Pour rappel, les produits animaux sont utilisés dans de nombreux autres secteurs tels que :

  • l’habillement, l’ameublement et la décoration (cuirs, laines, soies, graisses, poils, plumes et duvets)
  • les produits des secteurs de la chimie, des cosmétiques et de la pharmacie
  • tests effectués sur les animaux (expérimentations)
  • exploitation des animaux liée aux activités de loisirs tels que spectacles, sports, et autres activités ‘récréatives’

Mais alors quelle part de la balance peuvent prendre les animaux que nous choisissons sans cesse de renouveler ?

L’indicateur économique nous renseigne sur l’ampleur de la situation

Jean-Marc Jancovici établit un lien entre la variation de production de pétrole en volume et la variation du PIB par personne[34] avec ce décalage temporelle qui expliquerait que l’économie « réagit » au pétrole disponible. Quant à elle, Véronique Seltz (docteure en économie à l’Université Paris Dauphine) a tenté d’observer ce que ferait l’avènement d’un choc végane sur l’économie française. L’arrêt total de l’exploitation des animaux serait à l’origine de contraintes telles qu’un bouleversement des techniques de production est à envisager. Il serait alors à l’origine de cette destruction créatrice chère à Schumpeter et apporterait un ‘changement qualitatif et discontinu de l’évolution économique’, ce que l’on appelle le développement[35].

Sans distinction entre la création et la destruction d’activité, elle évalue ainsi à 64,57% (soit près des 2/3) de l’économie française[36] qui serait touchée par un tel choc.

Si un tel facteur moyen de réduction d’émissions lié au remplacement des produits animaux par des produits végétaux était calculé, alors nous pourrions envisager l’appliquer à une part importante de notre économie. Ce ne serait évidemment pas une mince affaire d’opérer ce changement à l’échelle nationale déjà, mais internationale également étant donné que la FAO estime qu’un milliard de pauvres dépendent de l’élevage pour se nourrir et ‘gagner’ leur vie[37]. Tandis que 815 millions de personnes souffrent de la faim aujourd’hui dans le monde, pratiquement 80% des personnes pauvres vivent dans des zones rurales et dépendent de l’agriculture, de la pêche et de l’exploitation des forêts comme principale source de revenus et de nourriture[38].

Toujours est-il qu’aujourd’hui, les process animaux dépendent intrinsèquement des process végétaux, et non réciproquement.

Le dilemme énergétique

״Nous ne sommes que convertisseur d’énergie״ Jean-Marc Jancovici – Conférence Lost in Transition.

Poore et Nemecek (2018) nous apprennent que 18% de calories et 37% de protéines seulement sont couverts par les produits issus de l’élevage. Comment expliquer une si faible contribution pour un si fort impact ? Le réseau trophique permet de nous apporter un éclairage.

Étant des systèmes dissipatifs ouverts, les êtres vivants, perdent constamment de l’énergie par entropie. Celle-ci créé de la chaleur et c’est pourquoi nous rayonnons tous suivant l’intensité de notre activité. Imaginez un radiateur de puissance proportionnelle à la taille du système dissipatif en question et de son activité qui chauffe tout au long de son existence. Cette énergie-là est perdue et nous ne pouvons rien y faire. Aucune optimisation ne peut réduire cette fuite énergétique autrement qu’à la marge (méthanisation par exemple).

Les maillons d’une chaîne alimentaire sont en fait des niveaux trophiques. En écologie, ils sont reliés entre eux par un transfert d’énergie et de biomasse (flux de carbone et d’azote) au sein d’un écosystème. Le terme trophique se rapporte à tout ce qui est relatif à la nutrition d’un tissu vivant ou d’un organe. Par exemple, une relation trophique est le lien qui unit le prédateur et sa proie dans un écosystème[39].

La loi de Raymond LINDEMAN (qui date de 1942), nous apprend que la quantité d’énergie passant d’un maillon à l’autre de la chaîne est de seulement 10 %. Appelée aussi « loi des 10% » dans les ouvrages élémentaires, celle-ci précise que seule une fraction de l’énergie qui pénètre à un niveau trophique donné dans une biocœnose (ensemble des êtres vivants établis dans un même milieu), est transmise aux organismes situés à des niveaux trophiques supérieurs, apprend-on dans « Eléments d’écologie : Ecologie fondamentale ». Les estimations du contenu énergétique des divers types d’organismes effectuées pour l’ensemble de la biosphère confirment largement l’évaluation moyenne faite par LINDEMAN des taux de transfert d’énergie entre les divers niveaux trophiques d’une biocœnose[40].

  • D’un maillon à l’autre, les transferts d’énergie ont donc un très mauvais rendement.

Une étude de la FAO (A. Mottet et al., 2017) confirme que les animaux sont de mauvais convertisseurs d’énergie en alimentation humaine. A taux de protéine égal, pour produire 1 kg de viande sans os, il faudrait en moyenne 2,8 kg d’aliments destinés à la consommation humaine dans les systèmes ruminants et 3,2 kg dans les systèmes monogastriques (Table 1 p.3)[41]. Ce qui fait respectivement 64% et 69% de perte de conversion. Il est intéressant d’observer que le ratio de protéines absorbées sur les protéines rendues de l’ensemble des produits animaux (viandes, lait et œufs inclus) est de 10 (10% de rendement, 90% de perte)[42]. Une loi ne porterait-elle pas ce nom quelquefois ?

Dans cet exercice il convient de prendre en considération l’efficience brute de conversion pour l’impact global et l’efficience nette de conversion dans le cadre de la disponibilité alimentaire. Dans ce cas, la moyenne est de 2,6 protéines consommées pour 1 rendue (62% de perte), avec 81% des élevages consommateurs nets de protéines. Pour davantage de précisions je vous conseille l’excellent article « Dix kilos de végétaux pour un kilo de viande : l’élevage se sert-il dans nos assiettes ? ».[43]  Bien que localement, il puisse être contributeur en protéines dans des cas spécifiques, l’élevage gaspille massivement nos ressources.

D’après Rastoin et Ghersi 2010[44], la production animale depuis la récolte de plantes comestibles jusqu’à la consommation humaine occasionnerait plus de 56% de perte énergétique[45] (soit 2,3 protéines consommées pour 1 rendue). Non loin des 62% de l’étude précédente.

 

Ces études nous démontrent clairement que nous sommes en concurrence alimentaire avec l’élevage.

La démographie pose-t-elle vraiment problème ?

Tout comme Jean-Marc Jancovici, nous pensons qu’aider les pays à maîtriser leur facteur démographique est nécessaire, mais en premier lieu, pour l’émancipation des femmes. Bien qu’il diminuerait la pression environnementale que nous exercerions à la racine, en réduisant littéralement le nombre d’individu consommateurs de ressources, nous pensons qu’il constitue un levier chimérique qu’il est impératif de contextualiser.

En creusant un trou de 1km de large, 1km de long et 200 m de profondeur, on peut faire disparaître sans difficulté la totalité de l’espèce humaine (même tout habillée).[46] C’est à ce farfelu calcul que s’est adonné l’original auteur Michel Dalmazzo, dessinateur à l’occasion.

Plus sérieusement, pour se rendre compte de ce que l’humanité représente sur notre planète, l’étude de la distribution de la biomasse terrestre a été réalisée par YM Bar-On et al., (2018)[47]. Nous constituons seulement 36% de la biomasse des mammifères terrestres, tandis que 60% sont des animaux d’élevage et 4% des animaux sauvages. Pour ce qui est des oiseaux, 70% sont d’élevage et 30% sauvages. Il y a également 3 fois plus de virus, de vers, 12 fois plus de poissons, 17 fois plus d’insectes, araignées et crustacés ; et 200 fois plus de champignons, 1200 fois plus de bactéries et 7500 fois plus de plantes. En fait, l’essentiel de la biomasse est constitué de plantes à 82% et de bactéries à 13%, le reste représentant une fraction infime de la biomasse totale.

On y apprend également que la biomasse d’un groupe n’est ni corrélée au nombre d’espèces, ni au nombre d’individus qui les composent. La présentation des résultats de cette méta-analyse a été réalisée sur le site Planet-Vie[48]. En s’appuyant sur des études estimant la biomasse passée, les auteurs nous disent que l’humain serait responsable de la disparition de la moitié de la biomasse des plantes terrestres. Or toujours selon Poore et Nemecek (2018), 83% des terres exploitées le sont à destination de l’élevage.

De plus, le nombre d’animaux d’élevage croît beaucoup plus vite que la population humaine, de 6 milliards en 1961 à plus de 60 milliards aujourd’hui, soit un facteur 10, tandis que nous avons « seulement » doublé notre population. Le rapport « animaux d’élevage »/ « humains » augmente alors que nous pourrions nourrir 15 milliards d’humains en passant d’une agriculture basée sur l’élevage à une agriculture basée sur le végétal.[49] Notre mode de vie semble bien responsable des dégâts que nous connaissons actuellement plutôt qu’une prétendue démographie qui certes accentue les effets délétères, mais ne constitue pas un problème en soi si un mode de vie soutenable était adopté. Et puis quel sens aurait une généralisation démographique avec des différences telles que certains s’empiffrent tellement qu’ils consomment et donc polluent, pour tous les autres ?

Ici aussi de nombreuses études démontrent que l’alimentation végétale est incroyablement moins consommatrice de terre arable. Mais le partage de l’eau constitue un exemple parlant et à ce titre, nous vous conseillons l’excellente fiche « Le problème de l’eau » de l’AVF[50] ainsi que l’article du blogueur Nicolas B.[51] qui explique les différences entre eau verte, bleue et grise. D’autant que d’après le sénateur écologiste Ronan Dantec, vice-président de la commission développement durable du Sénat, la priorité immédiate serait de trouver un usage très économe de l’eau en agriculture.[52]

D’après Mathieu Ricard, l’élevage monopoliserait la moitié de la consommation d’eau douce mondiale, déverserait 50% des eaux polluées en Europe alors que 70% de l’eau douce mondiale est déjà dégradée ou polluée. Nous disposons pourtant d’un stock d’eau douce limité (seuls 2.5% de l’eau de la planète est de l’eau douce avec les 3/4 contenus dans les glaciers et les neiges éternelles). Or 1m3 d’eau serait nécessaire pour produire 1000kcal d’aliments d’origine végétale et 5m3 pour 1000kcal d’aliments d’origine animale. Alors que chaque Terrien dispose de 5000L d’eau par jour, la nourriture d’un français par jour en demande 9000L, contre 3600L si elle était d’origine végétale, ce qui serait soutenable.

L’augmentation de la population a pour conséquence directe la diminution de la surface de terre cultivable par personne.[53] Alors, plutôt que de céder à un certain malthusianisme ambiant, pourquoi ne pas préconiser un changement de régime alimentaire en se réappropriant directement les parcelles semencières tout en économisant au maximum l’eau ?

Partage contre accaparement des ressources

Au même titre que pour la question démographique, quel type de société empêcherait une greffe d’organe à une personne décrétée comme trop âgée ? Les médecins sont assermentés pour autoriser ou non une greffe d’organe dans l’intérêt du patient. Mais pouvons-nous réellement imaginer interdire une intervention chirurgicale sous un prétexte écologique ? Pouvons-nous sérieusement envisager une politique de l’enfant unique afin de diminuer la population ? Comment seraient choisies ces personnes et quels seraient les bons critères ?

Alors que leurs données couvrent 90% de la population, Thomas Piketty et Lucas Chancel dressent dans l’étude « Carbon and inequality: from Kyoto to Paris »[54] un tableau consternant :

Les  10%  des  individus  les  plus émetteurs  sont  aujourd’hui  responsables  de  45% des  émissions  mondiales  alors  que  les  50%  les moins  émetteurs  sont  responsables  de  moins  de 13% des émissions. Les 40 % du milieu émettent 42% des émissions mondiales. Les 1% les plus riches quant à eux, émettent plus de 2000 fois plus que les 10% les plus pauvres. Il est intéressant de remarquer que, de 1998 à 2013, le groupe représentant les individus les  2%  les  moins  émetteurs  au  monde  a  vu  ses  émissions  de CO2e baisser de 12% par personne.

1% de la population mondiale qui ne représente pourtant que 70 millions de personnes, polluent autant que 140 milliards de personnes équivalent aux 10% les plus pauvres. Les ressources de la planète ne subviennent pas aux besoins fondamentaux du milliard de personne le plus pauvre alors que 70 millions de personnes ont un mode de vie qui impacte autant que 140 milliards de ces mêmes personnes. Il y a un tel problème d’inégalité que la démographie ne reflète pas le problème auquel nous faisons face. Quel sens aurait une moyenne de telles disparités ? Imaginez une courbe de tendance… Comme la biomasse d’un groupe n’est ni corrélée au nombre d’espèces, ni au nombre d’individus qui les composent, l’impact de l’espèce humaine semble plus corrélée à ses niveaux d’inégalités qu’à sa démographie.

Conclusion

APALA s’est donné pour mission d’œuvrer à un mode de vie soutenable en aiguillant les actions de chacun par des informations fiables et la mise en œuvre de solutions concrètes.

Dans l’immédiat, il nous faut un horizon. Il nous faut planifier des réductions progressives sectorielles afin d’abaisser drastiquement nos émissions carbone. S’il nous faut diviser par 3 cette quantité en 30 ans, il est urgent de tracer cet horizon pour fédérer au plus vite. Non pas une, mais des solutions majeures doivent être définies pour entraîner le maximum de personnes avec des objectifs communs. Cependant, une hiérarchisation des priorités permettra d’agir efficacement.

En résumé, d’après les différentes études citées et l’analyse précédente, le passage à un régime végétalien réduirait en moyenne de ¾ les émissions liées à l’alimentation. Il réduirait par la même occasion la perte de protéines mondiales de près de 60%. Quant à l’élevage dans sa globalité, la fourche(tte) va de 14,5% à 51% des émissions de GES mondiales suivant les études. M. Jancovici nous affirme que le secteur représenterait de ¼ des émissions à la moitié en ramenant l’échelle de temps du forçage radiatif considérée de 100 à 20 ans. Pour ce qui est de l’eau, on diviserait notre consommation par un facteur de 3 à 5 suivant les études (monopolisation serait plus correct scientifiquement).

Considérant l’ensemble des données précédemment citées et toutes celles qui manquent par souci de digestibilité, le constat nous apparaît sans équivoque. Il est urgent de revoir notre alimentation collectivement. Or sur les 9 propositions du Shift Project « Pour que l’Europe change d’Ere », la dernière concerne l’alimentation, et elle préconise en premier lieu la division par deux du gaspillage alimentaire. Ensuite pour l’élevage, la priorité serait donnée à la qualité plutôt qu’à la quantité en proposant de créer un label « Haute Qualité Environnementale ». Aucune remise en question du modèle agricole n’est discernable, et encore une fois, les émissions de GES imputables à l’élevage sont copieusement dissimulées (75% de 12% ?). The Shift Project est pourtant une association d’intérêt général, un think-tank dont la mission est d’éclairer et influencer le débat sur la transition bas-carbone en France et en Europe : ils constituent des groupes de travail autour des enjeux les plus délicats et le plus décisifs de la transition et font la promotion des recommandations de ces groupes auprès des décideurs politiques et économiques.

Les analyses de Jean-Marc Jancovici nous sont utiles en participant à une meilleure compréhension de l’énergie et du changement climatique entropique. Cela-dit, les curseurs doivent être mis aux bons endroits. Comment croire à la fameuse transition énergétique dès lors que les politiques, nationales, régionales et communales pointent collectivement du doigt la tomate importée alors que c’est le cochon, la poule et les poissons bien de chez nous qui posent problème ? Les animaux de trait ont besoins de la même surface agricole que la nôtre pour se nourrir. Un monde avec des tracteurs à la place de ces animaux peut héberger plus d’êtres humains que si on revient aux bêtes de somme nous rappelle J.M. Jancovici. Il faut réfléchir « système » et considérer la généralisation des pratiques. Qui choisirons-nous de nourrir ? A combien d’équivalents humains choisirons nous de subvenir contre le renoncement au produits animaux ? L’alimentation est le domaine par excellence où nous pouvons accroitre notre résilience. La sortie de l’élevage semble en être la première condition. Si nous parvenons à un tel challenge, alors que l’implication de toutes et tous en est le prérequis, nous serons en bonne posture pour d’autres changements à la hauteur des exigences, pour que les règles de 3 bouclent à la fin

 Tout le monde s’accorde à dire qu’il y a urgence, mais personne ne semble voir le nez au milieu de la figure. L’approche qui semble fustiger le confort de vie ne nous semble pas pertinente. Du moins si l’on ne souhaite pas voir une élite cosmopolite mondiale faire session avec le genre humain. Les inégalités sont tellement fortes qu’il sera vain de convaincre la majorité des Terriens à ne pas améliorer leur niveau de vie. Qui plus est, nous voyons bien ici les limites de la légitimité d’une telle action. Alors que près d’un milliard de personnes souffrent de malnutrition, l’élevage est généralisé, globalisé et demain relocalisé ? Combien de petits élevages faudra-t-il pour tous nous nourrir ? Là encore, le déterminisme social à l’œuvre, une discrimination spatiale sera inévitable. Et à quoi bon d’ailleurs ? Plomberons-nous tous nos efforts de sobriété énergétique pour du fromage animal alors que son équivalent végétal, 2, 3 (voir plus) de fois plus économe en ressources et d’autant moins polluant pointe déjà le bout de son nez ? La révolution végétale est à l’œuvre et nous offre une perspective d’avenir, contrairement au modèle actuel. Au jour où nous questionnons la radicalité, ne serait-ce finalement pas si enthousiasment d’envisager faire autrement ? En considérant la majorité de nos co-habitants les autres animaux par exemple ?

Les éleveurs croulent sous les dettes et c’est la catégorie socio-professionnelle (bovins laitiers en particulier) la plus soumise au suicide. Une pancarte proclame : « Je suis éleveur, je meurs ». Souhaitons-nous réellement réformer ce système ou chercherons-nous des portes de secours ? Une telle misère humaine n’est pas souhaitable et un tel système déperditif n’est pas soutenable à tout point de vue. Les éleveurs doivent être accompagnés pour devenir des transformateurs à forte valeur ajoutée, sur une activité viable tant écologiquement qu’économiquement. Lost in transition… À la question « Que faire ? » bien que les solutions soient multiples, le plus simple est de commencer par l’action à sa portée la plus réductrice : le végétal sous toutes ses formes plutôt que quelconque produit animal d’où qu’il vienne. Végétalisons-nous !

En définitive, nous nous en remettons, conséquemment aux dires de la FAO, datant pourtant de 2006 (Steinfeld H. et al., 2006) :

L’élevage devrait être au cœur des politiques mises en place pour faire face aux problèmes de dégradation des sols, de changement climatique, de pollution de l’air, de manque de ressources en eau ou de leur pollution, et d’érosion de la biodiversité.

à TABLE !!!

[1] https://youtu.be/Ubx9YbMz8gM?t=542

[2] http://www.cnrs.fr/fr/les-deux-modeles-de-climat-francais-saccordent-pour-simuler-un-rechauffement-prononce

[3] https://jancovici.com/changement-climatique/predire-lavenir/ou-nous-situons-nous-dans-lechelle-des-temperatures-par-rapport-au-passe/

[4]http://www.socialter.fr/fr/module/99999672/834/jean_marc_jancovici__qleurope_est_en_dcroissance_nergtique_depuis_2007

[5]https://fr.wikipedia.org/wiki/Convention-cadre_des_Nations_unies_sur_les_changements_climatiques

[6] https://youtu.be/lgoUns8Cu0w?t=7405

[7] https://www.apala.fr/correspondances-jancovici/

[8] http://www.fao.org/livestock-environment/fr/

[9] https://cloud.apala.fr/index.php/s/LivestockAndClimateChange

[10] https://cloud.apala.fr/index.php/s/EmissionsMondialesParSecteur

[11] https://youtu.be/j48hBShnfB0?t=8559

[12] https://jancovici.com/changement-climatique/les-ges-et-nous/combien-de-gaz-a-effet-de-serre-dans-notre-assiette/

[13] https://cloud.apala.fr/index.php/s/NotreRevolutionCarbone

[14] http://www.carbone4.com/wp-content/uploads/2019/06/Publication-Carbone-4-Faire-sa-part-pouvoir-responsabilite-climat.pdf?fbclid=IwAR3o2c653xJU3eIyTS73F7tzmznYEppyKfxiDca_OD-ZogaxVX7l9JlrGFE

[15] Åström, S., Roth, S., Wranne, J., Jelse, K., & Lindblad, M. (2013). Food consumption choices and climate change. Report B2091.

[16] Craig, W. J., & Mangels, A. R. (2009). Position of the American Dietetic Association: vegetarian diets. Journal of the American Dietetic Association, 109(7), 1266-1282.

[17]https://www.foodwatch.org/fileadmin/foodwatch_international/campaigns/climate/foodwatch_report_on_the_greenhouse_effect_of_farming_05_2009.pdf

[18] Weber, C. L., & Matthews, H. S. (2008). Food-miles and the relative climate impacts of food choices in the United States.

[19] Poore, J., & Nemecek, T. (2018). Reducing food’s environmental impacts through producers and consumers. Science, 360(6392), 987-992.

[20] https://science.sciencemag.org/content/sci/360/6392/987/F1.large.jpg?width=800&height=600&carousel=1

[21] https://jancovici.com/wp-content/uploads/2010/01/assiette_graph5_en.png

[22] https://jancovici.com/wp-content/uploads/2010/01/assiette_graph6.png

[23] Springmann, M., Clark, M., Mason-D’Croz, D., Wiebe, K., Bodirsky, B. L., Lassaletta, L., … & Jonell, M. (2018). Options for keeping the food system within environmental limits. Nature, 562(7728), 519.

[24] Kim, B. F., Santo, R. E., Scatterday, A. P., Fry, J. P., Synk, C. M., Cebron, S. R., … & Neff, R. A. (2019). Country-specific dietary shifts to mitigate climate and water crises.

[25] Herrero, M., Gerber, P., Vellinga, T., Garnett, T., Leip, A., Opio, C., … & Montgomery, H. (2011). Livestock and greenhouse gas emissions: The importance of getting the numbers right. Animal Feed Science and Technology, 166, 779-782.

[26] Fiske, S. T., & Taylor, A. (1984). SE: Social Cognition.

[27] https://youtu.be/_GIk2BHBzSY?t=122

[28] https://cloud.apala.fr/index.php/s/PublicationsFBCompteJANCOVICI

[29] https://www.goodplanet.info/actualite/2019/08/08/comment-les-sols-et-lagriculture-peuvent-aider-le-climat/?fbclid=IwAR0EVttp1PummQSbd9ln-tBbU1okhwc7hHDY3-ZHNnMYEvqFmRb4XQTEXrg

[30] https://www.youtube.com/watch?v=nub7pToY3jU

[31] https://youtu.be/Ubx9YbMz8gM?t=552

[32] https://www.facebook.com/fr.carbone4/posts/2389230774466417

[33] https://youtu.be/vNMJ4fRQmYk?t=161

[34] https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/10158472923872281

[35] http://variances.eu/?p=1852

[36] https://youtu.be/aF43ubo9csg?t=3245

[37] http://www.fao.org/livestock-environment/fr/

[38] http://www.fao.org/3/a-i8037f.pdf

[39] https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9seau_trophique

[40] https://cloud.apala.fr/index.php/s/LoiDeLindeman

[41] Mottet, A., de Haan, C., Falcucci, A., Tempio, G., Opio, C., & Gerber, P. (2017). Livestock: On our plates or eating at our table? A new analysis of the feed/food debate. Global Food Security, 14, 1-8.

[42] https://cloud.apala.fr/index.php/s/LElevageConsommateurNetDeProtein

[43] https://criticalvegan.com/2019/09/13/dix-kilos-de-vegetaux-pour-un-kilo-de-viande-lelevage-mange-til-dans-nos-assiettes/

[44] Rastoin, J. L., & Ghersi, G. (2010). Le système alimentaire mondial. Concepts et méthodes, analyses et dynamiques. Versailles: Éditions Quae.

[45] https://cloud.apala.fr/index.php/s/PertesEnergetiqueSystemeAnimal

[46] https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/sept-milliards-164071

[47]Bar-On, Y. M., Phillips, R., & Milo, R. (2018). The biomass distribution on Earth. Proceedings of the National Academy of Sciences, 115(25), 6506-6511.

[48] https://planet-vie.ens.fr/article/2540/repartition-biomasse-terre

[49] https://cloud.apala.fr/index.php/s/NourrirSonMonde

[50] https://cloud.apala.fr/index.php/s/LeProblemeDeLEau

[51] https://criticalvegan.com/2019/07/02/15-000l-deau-pour-un-kilo-de-boeuf-vraiment/

[52] https://youtu.be/q-_mlM-YGYk?t=151

[53] Flachowsky, G., Meyer, U., & Südekum, K. H. (2017). Land use for edible protein of animal origin—A review. Animals, 7(3), 25.

[54] http://piketty.pse.ens.fr/files/ChancelPiketty2015.pdf

Même importé et suremballé, il vaut mieux manger végétal !

C’est sous ce titre un brin provocateur, qu’à été publié notre entretien lors de notre rencontre avec Le Magazine des Autres Possibles (MAP pour les intimes). Bien sûr, le mieux est d’éviter le plus possible les emballages et de privilégier la localité, mais pas envers et contre tout, c’est ce que nous allons voir ici…

Les actions efficaces pour réduire notre empreinte carbone

Informons sur les meilleures actions claires et compréhensibles pour encourager au plus possible à adopter un esprit d’écologiste efficace.

La défense de l’élevage quoi qu’il en coûte

Réponse aux arguments de défense de l’élevage spécifiquement formulés dans l’article de Frédéric Denhez publié dans Le Figaro en avril 2021.

Sécheresse: l’inéluctable recul de l’élevage

Signataires Ricardo Azambuja, Rennes School of Business (France) et Fundação Dom Cabral (Brésil) Gilles Belaud, professeur à l’Institut Agro en sciences de l’eau Noé Bugaud, étudiant en biologie Agnès Ducharne, chercheuse en hydrologie, Paris  Michel Duru, directeur...

L’élevage : un maximum d’impact pour un minimum d’apports

Les animaux dépendent des végétaux et non inversement, et ça, c’est une notion de base de l’écologie qui nous l’apprend : le niveau trophique.

Polémique artificielle contre des produits végétariens et véganes plus sains

Le dénigrement médiatique contre les produits transformés végétaux lutte contre leurs avancées sanitaires, écologiques et éthiques.

L’origine animale des pandémies !

Si nous ne changeons pas notre rapport aux autres animaux, nous n’éviterons pas de futures épidémies , avec toutes les conséquences que nous connaissons désormais.

Vite, la nouvelle transition alimentaire !

Au delà des préjugés sur les aliments transformés, nous proposons de prioriser les produits végétaux qui, s’ils sont transformés, représentent notre meilleur espoir pour la nécessaire nouvelle transition alimentaire.

Kaïros : le moment opportun de changer son alimentation

Souhaitons-nous allouer davantage de ressources à la gestion de crises épidémiques où préférerons-nous réorienter notre alimentation pour maximiser nos chances d’évitement ?

L’énigme des experts climatiques face à l’urgence

Au travers les résultats des études du cabinet Carbone 4 ainsi que des études internationales d’ampleurs, nous tentons de démontrer que le curseur ne pointe délibérément pas vers la meilleure stratégie de réduction des émissions de GES.

Curriculum vitae du Bois

Il fut un temps…

Où le bois couvrait l’essentiel des besoins énergétiques de l’Homme… La coupe de bois faisait partie des baux ruraux… L’on taillait les arbres en trognes (ou têtards, cf. bas de page) pour assurer son stock de bois sans abattre les arbres. L’on tractait des fagots de bois dans toute les campagnes…

Avec l’efficacité des cheminées de l’époque, on ne chauffait que quelques pièces mais un certain équilibre opérait entre les arbres et les hommes.

Bocage

Puis…

Il y a eu les énergies faciles fossiles et le nucléaire, l’ère industrielle, les machines-outils, la tronçonneuse, le tracteur, etc. Bien entendu, le bois et le travail physique qu’il implique perd à ce moment sa valeur.

Révolution verte oblige, il a fallu faire face aux vagues de remembrements de biens ruraux. Les haies bocagères assurant la frontière entre les parcelles sont supprimées, leur potentiel bois-énergie avec.

Remembrement ? (Wikipédia)

« En regroupant des parcelles de faibles superficies ou trop dispersées pour être facilement exploitables, le remembrement veut réduire les temps et coûts d’exploitation, faciliter et optimiser le travail de l’agriculteur en limitant ses déplacements et transports et en adaptant le parcellaire et la topographie aux techniques et engins agricoles modernes (mécanisation, engins plus grands et plus lourds tels que grands tracteurs et moissonneuses batteuses). »

« Environ 15 millions d’hectares ont été remembrés à ce jour ; ces remembrements successifs ont affecté avant tout les paysages d’openfield et, dans un second temps, les paysages de bocages, supprimant près de 750 000 km de haies vives. »

« Ces procédures ont souvent été critiquées pour avoir été la cause d’une destruction massive et non compensée du bocage et des réseaux de talus, ainsi que des réseaux de fossés, de mares et de micro-zones humides qui constituaient une trame verte fonctionnelle, écologiquement et agronomiquement utile en abritant de nombreux auxiliaires de l’agriculture. »

 

Aujourd’hui…

Ce que l’on sait sur la filière bois-énergie (source: ADEME):

  • C’est encore la première source d’énergie renouvelable consommée en France, en Europe et dans le monde.
  • Peu émettrice de CO² : en chauffage domestique, en France, avec l’hypothèse que le carbone émis à la combustion est compensé par du CO² capté lors de la croissance des plantes, il émet 11 fois moins de CO² que le fioul, 4 fois moins que l’électricité et 5 fois moins que le gaz
  • Compétitive : pour un logement, le prix du bois bûche est en moyenne 2 fois moins cher que le gaz naturel et près de 3 fois moins cher que le fioul
  • Créatrice d’emplois : la filière bois représente en France l’équivalent de 60 000 emplois, dont une part importante (36 000 emplois) pour l’approvisionnement c’est-à-dire des emplois locaux et non délocalisables. Le bois peut donc aisément favoriser le développement local
  • On peut facilement stocker le bois sous différentes formes
  • Son exploitation rationnelle améliore le gisement

Sans parler des connaissances sur la physiologie de l’arbre, ses innombrables fonctions : écologiques bien sûr, mais également sociales, économiques, esthétiques, et urbanistiques. Parmi tant d’autres : l’arbre purifie l’air, lutte contre l’érosion du sol, améliore la qualité de l’eau, protège contre la chaleur, contre le bruit, produit des fruits, possède des vertus médécinales, représente un moteur économique, etc.

 

Et demain ?

Ce que l’on peut souhaiter pour l’avenir des arbres et de la filière bois-énergie, c’est :

  • une gestion forestière toujours plus raisonnée,
  • une production/consommation locale,
  • un essor de l’agroforesterie* (définition en bas de page),
  • une émergence de réseaux responsables tel que RAF Alternatives Forestieres,
  • un retour à la pratique de l’émonde*,
  • et bien sûr des moyens de chauffage toujours plus performants !

 

 

« Partout où l’arbre a disparu, l’homme a été puni de son imprévoyance. »   Chateaubriand

 

* L’agroforesterie est un mode d’exploitation des terres agricoles associant des plantations d’arbres dans des cultures. A la clé, c’est entre autres une meilleure production des parcelles, une fertilité du sol retrouvée, une meilleure qualité de l’eau, ainsi qu’une multiplication des biotopes pour accueillir faune et flore.

* La pratique de l’émonde qui consiste à prélever les branches de façon périodique pour stimuler l’arbre dans sa production de bois. Davantage de bois de chauffage et du bois d’œuvre de meilleure qualité. Cette pratique est ancestrale mais peine à retrouver son sens dans le monde actuel. Les collectivités seraient

 

Source:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Remembrement

http://ademe.typepad.fr/files/avisademechauffageboisetqa_octobre2013-1.pdf

https://arboquebec.com/importance

http://www.agroforesterie.fr/index.php

http://alternativesforestieres.org/

http://www.agroforesterie.fr/base/presse/upload/2013/La-trogne-est-par-excellence-larbre-de-la-modernite.pdf

Coup d’œil sur le Poelito de David

Cousin du rocket stove, le Poelito permet de chauffer de petits espaces ayant peu ou pas d’inertie. Les amateurs de yourte, camion, caravane, mobil home, péniche y trouvent donc un confort thermique et d’usage optimum.

C’est le choix que David et sa compagne ont fait pour chauffer leur belle yourte. On vous invite à visiter leur site internet, section « carnet de yourte » : http://david.mercereau.info/carnet-de-yourte/

 

Le Poelito, questions matériaux, conception, construction, et coût, c’est par ici :

http://david.mercereau.info/chauffer-sa-yourte-en-construi…/

http://david.mercereau.info/installationfinition-du-poelito/

Convaincu ? Suivez le guide !

https://drive.google.com/…/0B9ECBOEdkrPMaEw4eE5yZE1UbVk/view